centre d’art

Collyer a la berlue

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 novembre 2000

Le début d’un film ? Non, une photographie noir et blanc sur laquelle aucun des visages n’est visible. Reste la légende : Shirley et Clint Eastwood. À la lecture de ces noms, le regard change inconsciemment même si le commentaire a été rajouté arbitrairement, il ne s’agit nullement de la star. Dès ses premiers travaux photographiques, Robin Collyer dresse son plan d’attaque critique contre le signe qui conditionne le spectateur face à une image. La vérité et l’objectivité des médias et de la photographie en prennent un coup qu’il n’aura de cesse de répéter jusqu’à aujourd’hui. Imaginez maintenant une ville nord-américaine, un rayonnage d’épicerie banal ou une station service. Vus par Robin Collyer, on a l’impression d’entrer dans la quatrième dimension. Et pour cause. Grâce à l’ordinateur, il en a soustrait tous les signes et les logos, espaces vacants qu’il remplit de monochromes colorés créant un monde vide d’informations écrites, étrangement minimal, où tous nos repères s’effacent. Il s’agit d’une série commencée en 1992, dont la plupart des éléments sont exposés dans une rétrospective riche de 45 œuvres et 4 sculptures organisée par le Centre photographique d’Île de France. Non content de nous perturber à chaque cliché, Collyer réalise des sculptures (elles ont pour lui le même statut qu’une photographie) où des objets récupérés servent de support à des images tirées de l’actualité, renforçant ainsi sa vision critique de l’invasion de l’information qu’il considère comme une pollution visuelle. Deux aspects de sa démarche qui sont complétés par une série de paysages suburbains très graphiques, où les immeubles de banlieue ressemblent presque à des sculptures minimalistes. Petit à petit, on se méfie des images de Robin Collyer car elles recèlent toujours quelque chose d’étrange qui nous amène à douter des apparences.

PONTAULT-COMBAULT, Centre photographique d’Île de France, jusqu’au 3 décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°521 du 1 novembre 2000, avec le titre suivant : Collyer a la berlue

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