Climats tempérés

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 août 2007 - 373 mots

Si l’art des années 1960-1970 est depuis quelque temps largement revendiqué, récupéré, célébré par les jeunes générations, qu’il s’agisse du Land art, de l’Art conceptuel ou minimal, il est un mouvement plus discret, l’arte povera.  Née sous la plume du critique et commissaire d’exposition Germano Celant, l’appellation qualifie un petit groupe d’artistes exposés à Gênes en 1967 : Alighiero e Boetti, Luciano Fabro, Jannis Kounellis, Giulio Paolini, Pino Pascali. L’arte povera réagissait à l’omnipotence du Pop Art américain en prenant son contre-pied avec des matériaux bruts et pauvres. Œuvrant sur un temps vécu, les sculptures de ces artistes manient charbon, métal, bois, coton et parfois même des animaux, dans une quête du transitoire et d’une tension physique jusqu’alors inconnue.
Le musée de Rochechouart dans le Limousin a constitué en quelques décennies une collection riche d’œuvres de ce mouvement. Fraîchement nommé à sa tête, Olivier Michelon signe ici sa première exposition en opérant une lecture dialogique entre les pièces de Pier Paolo Calzolari, Michelangelo Pistoletto, Gilberto Zorio, Alighiero e Boetti, Giovanni Anselmo, Luciano Fabro et ses contemporains. Face à ce substrat historique, corpus formellement cohérent, se déploie une réponse hétérogène et polymorphe avec l’arbre synthétique de Guillaume Leblon, le palmier naturel du couple Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla, ou encore les vidéos de Bojan Sarcevic ou Jordan Wolfson.
On imagine le face-à-face entre l’arbre noir de six mètres de haut suspendu dans l’espace par Leblon, agrandissement dérisoire d’un élément de maquette d’architecte, et Crogiuoli (1981) de Gilberto Zorio, équilibre précaire d’une barre de cuivre. La tension dégagée par le ploiement de l’élément métallique et accentuée par la corrosivité du sulfate de cuivre et de l’acide chlorhydrique contenu dans les deux creusets tenant la barre exalte avec passion la précarité de l’arbre.
Combat de ciels aussi entre ceux, guerriers, d’Auguste-Dormeuil, les constellations tirées de La Vie et les opinions de Tristram Shandy et peintes par Fabro, et la pluie d’étoiles, filmée par Wolfson. « Après la pluie » est une interprétation libre de l’Histoire, une filiation intuitive et narrative entre des monuments et la contemporanéité, génératrice de climats suspendus.

« Après la pluie », Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart, place du Château, Rochechouart (87), www.musee-rochechouart.com, tél. 05 55 03 77 91, jusqu’au 10 juin 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°590 du 1 avril 2007, avec le titre suivant : Climats tempérés

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque