Claudio Parmiggiani, artiste et poète

Genève retrace 35 années de son travail

Le Journal des Arts

Le 1 janvier 1996 - 517 mots

Après plus d’un an d’existence, le Musée d’art moderne et contemporain de Genève (Mamco) prend enfin ses marques et s’engage véritablement dans un programme d’expositions. L’originalité de la rétrospective de Claudio Parmiggiani est de réunir non seulement un ensemble de 200 travaux des années soixante à nos jours, mais également de montrer plusieurs anciens projets que l’artiste n’avait encore jamais pu réaliser.

GENÈVE - Hors des catégories établies par les critiques d’art italiens, cet artiste et poète, né en 1943 en Émilie, s’est toujours tenu à l’écart du carcan des concepts artistiques et de la dynamique commerciale. Son art s’est plutôt attaché à évoluer vers l’image, presque romantique, d’un phénomène spirituel. Parmiggiani travaille sur des thèmes récurrents, fortement inspirés par ses origines terriennes (ses parents étaient ouvriers agricoles), par la philosophie, la littérature, les mythologies grecque et égyptienne.

Il s’est surtout imposé au début des années soixante-dix, notamment par ses utilisations originales de pigments à l’état pur, du noir de fumée, ou même d’éléments en incandescence, et surtout par l’emploi de moulages de sculptures antiques, qu’il expérimentait déjà au début des années soixante, mais dans un autre esprit que celui de Giulio Paolini ou de Jannis Kou­nellis. Les évocations physiques et symboliques de ses œuvres cherchent à instaurer un dialogue contemporain et non pas à faire des références historiques ou érudites.

Cohérence de la présentation
Évitant la promenade chronologique, cette rétrospective de Claudio Parmiggiani est organisée comme un ensemble de propositions de différentes périodes, salle par salle, regroupant parfois des travaux par thèmes et évitant ainsi une certaine monotonie qui pourrait caractériser l’œuvre.

Succession de statues voilées de blanc placées en hauteur, têtes détachées du buste et répandant une poudre de pigments de couleur à l’éclat saturé, référence à la collection d’objets trouvés avec Microcosmo (1968), évocation romantique de la barque avec, entre autres, Zoo geographico (1969) et le magnifique Omagio del sole e della luna alla luce (1988-89), jeu sur l’absence dans la fameuse série des Deloca­zione (1970), où les murs noircis par la fumée révèlent l’emplacement en négatif des toiles déplacées... À ces œuvres s’ajoutent les projets réalisés pour la première fois au Mamco, mais qui n’apportent pas de nouvel éclairage sur l’œuvre, l’abstraction métaphysique liée au thème du double (lumière et ombre, soleil et lune, horizontalité terrestre et verticalité céleste) restant son véritable leitmotiv. Parmi ceux-ci, le labyrinthe de verre brisé (1970) est le plus impressionnant.

La cohérence de la présentation tient à la place accordée aux dessins, qui sont accrochés sur les murs des couloirs en regard des salles. Un mode de conceptualisation sensible et particulièrement parlant dans l’œuvre de Claudio Parmiggiani. Du reste, un vaste ensemble de ses dessins de projets sera prochainement publié par le Mamco, qui entend rendre compte du travail des artiste qui ont apporté leur contribution à l’art contemporain sans pour autant être des chefs de file.

RÉTROSPECTIVE CLAUDIO PARMIGGIANI, Musée d’art moderne et contemporain (Mamco), rue des Vieux-Grenadiers 10, Genève, tél. (22) 320 61 22, jusqu’au 28 avril 1996, ouvert tous les jours sauf le lundi de 12 h à 18 h, nocturne le mardi jusqu’à 21 h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°21 du 1 janvier 1996, avec le titre suivant : Claudio Parmiggiani, artiste et poète

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