Art ancien

Chantilly (60)

À Chantilly la bataille de l’or blanc

Château - Jusqu’au 3 janvier 2021

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 23 septembre 2020 - 316 mots

Ringarde la porcelaine ? Oubliez vos préjugés ! Le château de Chantilly fait revivre la palpitante bataille de l’or blanc qui fit rage au XVIIIe siècle.

Une histoire de rivalité, d’espionnage industriel et de quête de prestige qui embrasa le Vieux Continent. Alors que l’engouement pour l’Asie et la mode des chinoiseries battent leur plein, les Européens s’arrachent au prix fort vases, assiettes et bibelots provenant de Chine et du Japon. Les cours les plus brillantes entrent alors en compétition pour percer les secrets de fabrication de ce matériau séduisant et exotique, afin de pouvoir produire sur leur territoire cette vaisselle de luxe. En 1708, le défi est relevé à la cour de Frédéric-Auguste de Saxe par l’alchimiste Böttger. Le prince-électeur crée dans la foulée la manufacture de Meissen, une institution qui connaît un succès fulgurant. Un succès qui fait évidemment des envieux et des émules. En France, où l’on importe ces objets à tour de bras, le prince de Condé, par ailleurs Premier ministre de Louis XV, crée une manufacture rivale : la manufacture de Chantilly. Comme son homologue saxonne, l’institution cantilienne se spécialise d’abord dans l’imitation des pièces asiatiques et copie à la perfection les vases à pans, les bouteilles à saké et autres assiettes ornées de dragons. L’exposition brouille d’ailleurs judicieusement les pistes en juxtaposant les mêmes types de pièces issues de différents foyers de production. Les « originaux » asiatiques sont ainsi mêlés aux copies exécutées à Meissen et à Chantilly. L’exposition raconte aussi comment les deux manufactures se sont vite émancipées de la copie servile pour inventer un style aussi extravagant que spectaculaire. Le grand appartement du prince de Condé est ainsi littéralement envahi par une inattendue volière de porcelaine et un étonnant chenil de carlins sertis dans des montures de rocaille. Sans oublier la Grande Singerie qui n’a jamais aussi bien porté son nom qu’en se parant de sympathiques statuettes de primates.

« La Fabrique de l’extravagance. Porcelaines de Meissen et de Chantilly »,
château de Chantilly, Chantilly (60), www.domainedechantilly.com

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°737 du 1 octobre 2020, avec le titre suivant : À Chantilly la bataille de l’or blanc

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