Art moderne

Céret et l’école de Paris : un coup de maître

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 8 septembre 2022 - 679 mots

CÉRET

Le musée accueille un choix d’œuvres représentatives et de très haute qualité d’artistes venus à Paris dans les Années folles.

František Kupka (1871-1957), Disques de Newton, étude pour Fugue à deux couleurs, 1911–1912, huile sur toile, 49 × 65 cm. © Adagp, Paris. © Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bertrand Prévost / Dist. RMN-GP
František Kupka (1871-1957), Disques de Newton, étude pour Fugue à deux couleurs, 1911–1912, huile sur toile, 49 × 65 cm.
© Adagp, Paris. © Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bertrand Prévost / Dist. RMN-GP

Céret (Pyrénées-Orientales) Le Musée de Céret a réalisé un joli coup pour son exposition estivale qui suit sa réouverture après des travaux d’extension : présenter un ensemble exceptionnel d’œuvres de l’école de Paris que l’on ne s’attendrait pas à trouver dans un village si éloigné de… Paris. Sa directrice, Nathalie Gallissot a su convaincre le Centre Pompidou – avant que le musée parisien ne repousse sa date de fermeture après les Jeux olympiques – de lui confier l’exposition montée initialement pour le Louvre Abu Dhabi en 2019. Elle y a ajouté quelques œuvres, dont de grands nus féminins de Kees van Dongen, incompatibles avec le rigorisme de façade des Émiriens. Il faut dire que ce n’est pas n’importe quel village : Céret peut s’enorgueillir d’avoir accueilli quelques-uns des plus grands noms de l’art moderne, à commencer par Pablo Picasso, dont la nouvelle présentation des collections s’en fait largement l’écho. Et d’ailleurs, sept des artistes de l’exposition sont venus à Céret.

L’exposition permet de mieux éclairer le visiteur sur le concept élastique d’école de Paris. Cette appellation désigne les artistes étrangers venus en France, le plus souvent avant la Première Guerre mondiale, attirés par l’effervescence culturelle de la capitale et, dans une moindre mesure, les possibilités économiques qu’elle offre. Pourtant ce n’est qu’en 1925, que cette appellation apparaît. Ce n’est pas une « école » en ce sens qu’il n’y a pas réellement d’unité stylistique, si ce n’est un tropisme pour le figuratif qui exclut de ce fait les pionniers de l’abstraction. On pourrait parler d’un « moment », un « moment » qui se tient également à l’écart du surréalisme.

Revoir des chefs-d’œuvre d’art moderne

Le parcours permet surtout d’admirer des œuvres très connues que l’on a vu reproduites dans tous les manuels d’histoire de l’art. Le célèbre portrait jaune d’un lecteur de Frantisek Kupka (La Gamme jaune, 1907) voisine avec le Portrait (prémonitoire) de Guillaume Apollinaire de Giorgio De Chirico (1914), lui-même pas très éloigné du Groom de Chaïm Soutine (1925) ou du Portrait de Dédie d’Amedeo Modigliani (1918). Le visiteur moins averti – et peut-être même le public spécialiste – fait aussi de belles découvertes : un tableau cubiste très coloré du Portugais Amadeo de Souza-Cardoso (1887-1918) ou les portraits féminins du Thèque Georges Kars. Une section consacrée à la photographie vient ponctuer le parcours : une façon habile d’augmenter légèrement le nombre d’artistes féminines. Car si les femmes sont très présentes dans les tableaux, l’école de Paris a surtout attiré des hommes.

À Collioure, un autre regard sur l’époque  

Art moderne. Hasard du calendrier, le petit Musée de Collioure en bord de mer et à quelques kilomètres de Céret présente au même moment un ensemble d’œuvres d’artistes étrangers venus à Collioure entre 1905 et 1945. Autre lieu, autre ambiance. La superficie de l’exposition est nettement moindre et Collioure n’a pas bénéficié comme Céret d’un lot d’œuvres exceptionnelles. Le parcours ne fait qu’évoquer le point de départ de cette épopée artistique : le séjour à Collioure en 1905 d’Henri Matisse, où il forgea son nouveau langage pictural qui donna naissance au fauvisme. Il est organisé selon les zones géographiques dont sont issus les artistes venus dans le petit port de pêche. C’est en cela que l’exposition inédite se démarque de celle de Céret. Alors que l’école de Paris fait la part belle aux artistes d’Europe de l’Est, la colonie d’artistes venus se réchauffer au soleil de la Méditerranée ou se réfugier pendant la guerre balaye un spectre beaucoup plus large de nationalités : Polonais, Britanniques, Suisses… Si la plupart n’ont pas la notoriété de Marc Chagall ou de Chaïm Soutine, un nom retient l’attention : l’Écossais Charles Rennie Mackintosh, représentant de l’école de Glasgow, venu peindre des aquarelles vers la fin de sa vie (entre 1924 et 1927) entre Port-Vendres et Collioure. Elles ne sont pas exceptionnelles mais apportent un petit vent de fraîcheur, de même que les tableaux cubistes faits de fils de coton de Jeanne Kosnick-Kloss, la compagne d’Otto Freundlich.

Chagall, Modigliani, Soutine & Cie. L’école de Paris,
jusqu’au 13 novembre, Musée d’art moderne, 8, boulevard du Maréchal Joffre, 66400 Céret.
Collioure, Babel des arts (1905-1945),
jusqu’au 3 octobre, Musée d’art moderne, Villa Pams, route de Port-Vendres, 66190 Collioure.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°594 du 9 septembre 2022, avec le titre suivant : Céret et l’école de Paris : un coup de maître

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