Dimanche 25 février 2018

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Caravage dans la lumière lombarde

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 14 mars 2008

Originaire de Caravagio, un petit bourg situé entre Milan et Brescia, Michelangelo Merisi en a repris le nom pour passer dans l’histoire. André Chastel, qui fut l’un de ses plus brillants exégètes, rapporte dans l’un de ses nombreux écrits qu’on peut lire à propos du peintre ces précieuses indications sur une épitaphe imaginaire qu’aurait formulé un juriste : « Michel-Ange Merisi de Caravage/Chevalier de Jérusalem/Rival suprême de la Nature/A vécu 36 ans, 9 mois, 10 jours/Est mort le 18 juillet 1610 ». Par-delà la question de l’exactitude de ces informations, retenons la façon dont l’artiste était présenté : « Rival suprême de la nature ». Si rivalité il y a, il convient de la considérer à l’aune de cette science particulièrement élaborée dont le peintre témoigne dans son traitement de la lumière.
Si, dès le début de sa carrière, le jeune Caravage a recherché dans sa peinture à contredire les développements du luminisme maniériste, comme le prétend Chastel, c’est pour lui substituer une approche nouvelle dans le rendu du choc de l’ombre et de la lumière. Son apprentissage dans le contexte d’une culture duelle, marquée tant par la scène milanaise que par la peinture lombarde orientale, n’est pas innocent d’une telle orientation. L’exposition de Bergame vise précisément à mettre en exergue cette situation en rassemblant autour d’une quinzaine de tableaux du maître bergamasque une vingtaine d’œuvres d’artistes tels que Lomazzo, Campi, Moroni ou Lorenzo Lotto dont l’exemple a pu jouer d’influence sur lui. Le tableau des Musiciens, conservé au Metropolitan Museum de New York, qui date du tout début de la carrière de l’artiste, en est une bonne illustration. Il sanctionne son interprétation toute personnelle de la lumière sur un mode plus dramatique que sentimental et préside par là-même à l’avènement d’un style nouveau qui sera la marque du Caravage comme en témoignent les œuvres qui ont suivi.

BERGAME, Accademia Carrara, jusqu’au 2 juillet.
À lire : André Berne-Joffroy, Le Dossier Caravage, éd. Flammarion, 448 p., 250 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°516 du 1 mai 2000, avec le titre suivant : Caravage dans la lumière lombarde

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