Vendredi 23 février 2018

« Calle Sophie » ? Présente !

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 30 juin 2009

« Calle Sophie ». À l’envers. Comme à l’école, pour l’appel. Comme on décline une identité.

C’est le titre de l’exposition en forme de rétrospective déroulée à Bruxelles au Palais des Beaux-Arts. Envers littéral, le parcours s’ouvrant en 2009 pour filer tranquillement – en artiste narrative –  jusqu’à la source ou presque, quand Sophie a six ans et n’est pas encore Sophie Calle qui entreprend d’« améliorer » sa vie en en faisant la matière première de son vocabulaire d’artiste.
Les années défilent, les matériaux scénarisés aussi : instructions, règles du jeu, jeux de rôle, rôles distraits, documents, récits, transformation vers/en l’œuvre sur les murs. Le compte à rebours égrène quelques-unes de ses re-présentations les plus célèbres. On marche dans ses traces. On remonte : 2001, son galeriste Emmanuel Perrotin engage un détective de l’agence Deluc pour la suivre. Vingt ans plus tôt, en avril 1981, c’est sa mère qui réclame un compte rendu sur sa fille à un détective de la même agence Deluc. On apprend alors que c’est en suivant un inconnu à Venise en janvier 1980 que Sophie Calle a éprouvé le besoin d’être suivie à son tour.
Ce double mouvement de récit à rebours et de fragments de récits dans le récit trouve un joli point d’inconfort quand, à mi-parcours de l’exposition, s’inverse « Douleur exquise » (1984-2003), ou le récit libératoire et collectif d’une rupture douloureuse. Sophie demande autour d’elle : quand avez-vous le plus souffert ? Comme pour « Prenez soin de vous », autre récit d’une autre rupture conjuré lors de la Biennale de Venise de 2007, c’est la répétition de la réponse ou du commentaire, l’épuisement du sujet obstinément creusé dans un même sillon, qui neutralise la douleur.
À ceci près, que, cette fois, l’avant/après – « Avant la douleur/Le lieu de la douleur/Après la douleur » – devient après/avant dans le synopsis de l’exposition bruxelloise. Une culbute qui n’est pas sans rappeler des stratégies souvent affûtées par Sophie Calle. Dans No Sex Last Night, road-movie sentimental tourné en 1992, elle établissait avec Greg Shephard un jeu réciproque de regard filmique. Caméra contre caméra ; livrant son intimité dans un curieux jeu d’inversion à la caméra et au regard de l’autre. Et c’est au fond le lien et l’espace à l’œuvre dans ce lien qu’elle donne à sentir et à interpréter.

« Calle Sophie », Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, 23, rue Ravenstein, Bruxelles (Belgique), www.bozar.be, jusqu’au 13 septembre 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°615 du 1 juillet 2009, avec le titre suivant : « Calle Sophie » ? Présente !

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque