Dimanche 25 février 2018

Bruxelles : le retour du Congo

Centenaire de l’exposition de Tervuren

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 2009

Il y a un siècle, s’ouvrait à Bruxelles une Exposition universelle qui devait permettre à Léopold II de démontrer au peuple belge les bienfaits de l’aventure coloniale. Un siècle plus tard – et le Congo en moins –, Bruxelles a conservé la mémoire des fastes d’une fin de siècle : les ivoires trônent au Cinquantenaire et le Musée royal de l’Afrique centrale revient sur l’événement pour repenser sa muséologie.

Aventure jugée douteuse par certains, promesse de richesse et d’avenir pour d’autres, l’État indépendant du Congo, propriété personnelle de Léopold II, était l’objet de tous les débats dans le Bruxelles de la fin du siècle passé. En 1897, pour justifier ses ambitions, Léopold II allait se servir de l’Exposition universelle qui se déroulait dans les jardins du Cinquantenaire en imposant, à Tervuren, en lisière de la capitale, une exposition qui devait démontrer les débouchés que le Congo offrirait à la Belgique. Pour cette vaste entreprise, l’élite artistique belge était réquisitionnée. L’exposition congolaise était divisée en quatre sections principales, dont la présentation était confiée à Paul Hankar, Gustave Serrurier-Bovy, Henry Van de Velde et Georges Hobé. La coordination de l’ensemble ainsi que la conception du Salon d’honneur consacré à la mise en valeur de la sculpture chryséléphantine échoiront à Paul Hankar. Les choix esthétiques étaient laissés à l’appréciation de chacun, pour autant qu’il soit fait usage des bois du Congo. Grâce à cette manifestation, l’Art nouveau liait son sort à celui du Congo de Léopold II. Si l’actuelle commémoration permet de retrouver le travail des architectes majeurs qui ont travaillé à Tervuren, elle est surtout l’occasion de redécouvrir le travail de l’ivoire en quelque quatre-vingts œuvres éburnéennes réalisées par une trentaine de sculpteurs, parmi lesquels on retrouve Fernand Khnopff, Charles Van der Stappen, Égide Rombaux, Julien Dillens ou Paul De Vigne. Sans unité de style, loin des engagements modernistes trop souvent revendiqués, les sculptures servent un sentiment de déliquescence partout présent.

Dans le domaine des arts appliqués, l’exposition offre quelques pièces de qualité. Les contributions de Fernand Dubois – un coffret ayant pour thème Les Âges de la vie – et de Philippe Wolfers – sa Caresse du Cygne au tronçon de défense sculpté de motifs floraux, pris dans une base en bronze – sont parmi les plus marquantes. Intégrée dans l’exposition aux côtés des pièces de mobilier de Serrurier-Bovy ou Georges Hobé, tirées des réserves, une série d’affiches atteste du démarrage et du succès de la lithographie publicitaire en Belgique. L’immense succès de l’exposition de 1897 avait permis à l’Art nouveau de se répandre en Belgique sous l’une de ses nombreuses dénominations : le "style Congo". Simple effet de mode, ce dernier témoigne d’une évolution vers la rocaille. Un siècle plus tard, l’exposition du Cinquantenaire, petite par son volume mais dense dans son unité de présentation, s’impose en complément de la monumentale exposition "Paris-Bruxelles" qui a trop nettement négligé les arts décoratifs. Dans la perspective du Cinquantenaire, s’ouvre une large artère voulue par Léopold II pour imposer la campagne dans la ville. Cette majestueuse avenue conduit à Tervuren, où le Musée royal de l’Afrique centrale commémore lui aussi l’Exposition coloniale de 1897.

Le propos colonialiste n’étant plus d’actualité, oubliés donc les "villages africains" installés le long des étangs du parc qui virent nombre des "indigènes" arrachés à leur terre périr à Bruxelles. La visée ethnographique cède la place à une mise en perspective historique. "Un tram pour le Congo" met l’accent sur l’articulation d’un projet qui avait donné naissance, en 1898, au Musée du Congo. D’abord logé dans le pavillon du Congo, le musée en plein essor prendra possession de ses actuels bâtiments en 1910. Autant dire que cette exposition constitue un regard porté sur près d’un siècle d’études africaines. Organisée en cinq sections, la manifestation fera mieux connaître le site d’implantation du Musée royal de l’Afrique centrale, depuis l’ancien château des Ducs de Brabant jusqu’au Palais des colonies édifié en 1897. Léopold II et le Congo ainsi que l’Exposition coloniale en tant que telle composent les deuxième et troisième sections. Les deux dernières sont consacrées aux nombreux projets qui devaient assurer, à Bruxelles, la présence fastueuse et didactique des colonies.
Complémentaire de l’exposition qui se tient au Cinquantenaire, "Un tram pour le Congo" ouvre une réflexion muséologique sur ce que représente pour une ancienne métropole un musée tel que celui-ci : une collection de plus de 15 millions d’insectes, plus de 50 000 échantillons de bois, près de 5 kilomètres d’archives, plus de 300 000 objets ethnographiques, quelque 10 000 photographies anciennes, dans des bâtiments exigus, souvent vétustes. Comment penser en cette fin de siècle une institution muséologique moderne vouée à la découverte du continent africain ? Voilà une question aussi muséologique que politique. De quoi prendre un tram, mais surtout ne pas rater le train.

Au Musée royal de l’Afrique centrale, un ticket "spécial week-end", vendu 250 FB, permet de partir du Musée du transport urbain bruxellois – situé à mi-chemin des deux musées – et de remonter l’avenue jusqu’à Tervuren, comme l’avaient fait, en 1897, les quelque 1 200 000 visiteurs de l’Exposition coloniale. À côté des animations et des programmes pédagogiques proposés par le Musée royal de l’Afrique centrale (informations tél. 32 2 769 52 00) et le Musée du Cinquantenaire (tél. 32 2 741 72 15), les couleurs africaines de Bruxelles passent aussi par une visite aux galeries. Nécessairement limitée, la liste comprend Roger Lefèvre, spécialisé dans l’art et l’archéologie de l’Afrique de l’Ouest (12 rue Lebeau, tél. 32 2 511 78 08) ; Alain Naoum (43 rue du Prince Royal, tél. 32 2 514 53 80, sur rendez-vous) ; Art Premier (12 rue Wattin, tél. 32 2 513 26 41) ; Patrick Mestdagh, qui offre en permanence une exposition d’armes traditionnelles (31 rue des Minimes, tél. 32 2 511 10 27) ; Tribal Arms, spécialisé dans les armes du Congo (15 impasse Saint-Jacques, tél. 32 2 511 67 47) et Tribal Arts (23 galerie du Roi, tél. 32 2 514 23 86) ; Ambre-Congo, spécialisé dans les terres cuites du delta du Niger (17 impasse Saint-Jacques, tél. 32 2 514 02 09), sans oublier l’expert bruxellois Philippe Guimiot (16 avenue Lloyd George, tél. 32 2 640 69 48).

TERVUREN 1897. LES COLLECTIONS ART NOUVEAU AU MUSÉE DU CINQUANTENAIRE, jusqu’au 14 août, Parc du Cinquantenaire, tél. 32 2 741 73 11, tlj sauf lundi 9h30-17h, samedi-dimanche 10h-17h.
UN TRAM POUR LE CONGO. TERVUREN ET L’EXPOSITION COLONIALE, jusqu’au 16 novembre, Musée royal de l’Afrique centrale, Steenweg op Leuven 13, Tervuren, tél. 32 2 769 52 11, tlj sauf lundi 10h-17h, samedi-dimanche 10h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°41 du 4 juillet 1997, avec le titre suivant : Bruxelles : le retour du Congo

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