Blaise, Marc, Pablo et Fernand

Les copains d’abord

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 29 juin 2009

Blaise Cendrars (1887-1961) est un immense écrivain.

L’Or (1925) et Moravagine (1926) peuvent tous deux en témoigner. Mais Blaise Cendrars est également un immense ami. Marc Chagall, Pablo Picasso et Fernand Léger peuvent tous trois en témoigner.
À Nice, Vallauris et Biot, les prophètes Marc, Pablo et Fernand accueillent dans leur temple respectif le héraut Cendrars. L’écrivain suisse, né Frédéric Sauser, fait figure de catalyseur magistral. Envoûté par le tohu-bohu de la ville, subjugué par la vitesse convulsive, le saltimbanque parcourt l’arène du monde. Toujours. Un pensionnat allemand, dont il fugue à neuf ans, des bibliothèques russes, où il commence à écrire, un cirque londonien, où il croise Charlie Chaplin, la misère new-yorkaise, qui lui donne un nouveau nom, les intrépidités parisiennes et cette jambe cassée, la guerre mondiale et cette main amputée, l’Angleterre, Rome, Biarritz, le Brésil, Hollywood. Cendrars, « l’homme foudroyé », est partout, ici et là, scribouilleur et poète, cinéaste et grand reporter. Le spectacle du monde et le monde du spectacle.
De Picasso l’arlequin, Cendrars dénigre dans un premier temps les inventions cubistes avant de vanter ses « opérations de magie noire ». Après un article éloquent, intitulé « Le cube s’effrite », le Suisse rassemble avec Vollard les dessins du sorcier espagnol qui serviront à illustrer Le Chef-d’œuvre inconnu de Balzac (1931). Une indifférence feinte puis une fascination évidente.
De Chagall le clown triste, Cendrars admire passionnément les « tableaux déments » et fabuleux. Et quand le peintre russe traverse la Prose du Transsibérien (1913), l’écrivain helvétique peuple jusqu’à la fin les toiles oniriques de Chagall (Hommage à Apollinaire, 1911-1912). Une histoire partagée du déracinement, en somme.
De Léger le machiniste, Cendrars retient tout, absolument tout. Inséparable, le couple Léger-Cendrars fonctionne en miroir. Le poète manchot et le peintre gazé, la ville écrite et la machine peinte : le prosateur écrit sur le « copain » Léger qui, en retour, livre des illustrations pour La Fin du monde filmée par l’ange Notre-Dame (1919). Splendide.
La chose est entendue depuis longtemps : rien ne peut épuiser l’écrivain Cendrars. Cet été, la Riviera s’attaque à l’ami infatigable. Remarquable.

« Dis-moi Blaise », Musée national Message biblique Marc Chagall, avenue Docteur-Ménard, Nice (06), tél. 04 93 53 87 31, www.musee-chagall.fr ; « Dis-moi Blaise », Musée national Picasso La Guerre et la Paix, place de la Libération, Vallauris (06), tél. 04 93 64 16 05, www.musee-picasso-vallauris.fr ; « Dis-moi Blaise », Musée national Fernand Léger, chemin du Val de Pome, Biot (06), tél. 04 92 91 50 30, www.musee-fernandleger.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°615 du 1 juillet 2009, avec le titre suivant : Blaise, Marc, Pablo et Fernand

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