Jeudi 12 décembre 2019

Dossier : les nouveaux musées

Bernard Tschumi : « Au muséoparc d’Alésia, nous ne cherchons pas à faire du spectacle »

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 25 janvier 2012 - 694 mots

Bernard Tschumi est un architecte international. Il livrera en mars la première clé du MuséoParc d’Alésia, son premier projet muséal dans l’Hexagone.

Révélé par l’aménagement du parc de la Villette en 1983, l’architecte franco-suisse s’apprête à livrer le MuséoParc d’Alésia. Implanté sur le site, qui fait toujours l’objet de débats, de la célèbre bataille au cours de laquelle Vercingétorix a été défait par César, le MuséoParc d’Alésia est un ambitieux projet associant un centre d’interprétation et un musée qui ouvrira en deux temps. Financé par le département de Côte-d’Or, son architecture a été conçue dans le respect de ce site fragile, en collaboration avec le paysagiste Michel Desvigne.

L’œil : Comment avez-vous appréhendé le site d’Alésia ?
Bernard Tschumi : J’ai répondu à un concours organisé en plusieurs phases, en 2004-2005, dont j’ai été désigné lauréat. La question qui se posait était de protéger le site. Les archéologues ne voulaient rien toucher, mais il s’avérait indispensable d’y présenter l’histoire des lieux mais aussi les vestiges qui y avaient été exhumés.

Le programme s’est alors articulé autour de deux éléments : un centre d’interprétation, où sera racontée l’histoire du site, et un musée destiné à la présentation des objets et des vestiges. La décision a donc été prise de dissocier ces deux éléments au sein du programme. Le choix du site pour le centre d’interprétation s’est porté sur la vallée, là où se trouvaient César et ses troupes. Le musée sera en revanche construit près du village, sur les contreforts de l’oppidum, là où s’étaient réfugiés Vercingétorix et les Gaulois. Il fallait donc leur donner une cohérence mais aussi réagir face à la spécificité de ces deux lieux.

L’œil : Pourquoi ce choix d’une forme circulaire ?
B. T. : Le centre d’interprétation se trouve face à un cirque de collines. Dans ce très beau site, il fallait donner au visiteur la possibilité d’avoir une vision à 360°. D’où cette configuration cylindrique qui permet l’organisation d’un parcours qui se déroule, lui aussi, à 360°. À l’extérieur, j’ai essayé, sans être littéral, d’évoquer de manière subliminale le caractère de l’architecture militaire. D’où cette résille en bois qui joue un rôle d’enveloppe, de brise-soleil et de filtre. Elle donne tout son caractère au bâtiment. L’ensemble est couvert par un toit-terrasse planté de bouleaux et de petits chênes, avec vue sur les collines. Ce bâtiment sera livré en mars.

L’œil : Qu’en est-il du musée ?
B. T. : Sa construction ne commencera qu’à la fin de 2012. Le bâtiment sera également de forme cylindrique mais son matériau de vêture sera différent. Nous utiliserons la pierre de Bourgogne, celle qui se trouve dans le sol du site de l’oppidum. Mais sa géométrie et ses dimensions seront quasiment identiques. Il devrait être achevé en 2014-2015.

L’œil : Vous aviez déjà précédemment construit un musée sur un site archéologique, à Athènes, au pied de l’Acropole. Existe-t-il un lien entre ces deux projets ?
B. T. : Il existe en effet des liens entre ces deux musées. Mais ils ont tous les deux été appréhendés de manière très différente. À Athènes, les fouilles étaient très présentes, il fallait s’insérer à l’intérieur de maisons, sur des mosaïques, des puits, faire œuvre de se poser entre les murs. C’était un travail très fin. Il fallait partir du contexte pour arriver à un concept. C’est le contraire qui s’est produit à Alésia. Du concept, nous sommes arrivés au contexte. 

L’œil : Quel regard portez-vous sur l’architecture récente des musées ?
B. T. : Depuis le fameux effet Bilbao, beaucoup de musées ont privilégié l’apparence de la forme extérieure au détriment du contenu. Quant à nous, dans chaque musée, nous essayons d’abord d’établir un rapport au contenu. Nous ne cherchons pas à faire du spectacle, mais nous essayons de parvenir  à une architecture à la fois marquante et spécifique à un site.

Le projet d’Alésia ne pourrait pas être transposé en Italie ou en Espagne. En matière de musées, la France a toutefois été pionnière en ce qui concerne l’architecture depuis l’époque du Centre Pompidou. De nombreux projets récents de musées français constituent ainsi de véritables contributions à l’histoire de l’architecture.

> Le MuséoParc d’Alésia à Alise-Sainte-Reine

Ouverture du Centre d’interprétation le 26 mars 2012. www.alesia.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°643 du 1 février 2012, avec le titre suivant : Bernard Tschumi : « Au muséoparc d’Alésia, nous ne cherchons pas à faire du spectacle »

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