Vendredi 23 février 2018

Berlin s’offre un "musée Berggruen" (I)

Le marchand et collectionneur prête sa collection à la ville de Berlin

Le Journal des Arts

Le 2 décembre 2009

Heinz Berggruen est né à Berlin en 1914. Au sortir du lycée, il se rend à Toulouse pour étudier l’art médiéval.

De retour à Berlin, il est correspondant du quotidien Frankfurter Zeitung (devenu le Frankfurter Allgemeine Zeitung). En 1937, les persécutions raciales et antisémites lui font quitter l’Allemagne pour les États-Unis, où il devient adjoint au directeur de la rédaction du San Francisco Chronicle avant d’assister le directeur du San Francisco Museum of Art. De son premier mariage, qui lui permettra d’obtenir la citoyenneté américaine, il aura deux enfants : John, aujourd’hui marchand d’art moderne solidement établi à San Francisco, et Helen. Il revient en Europe à la Libération, dans les rangs de l’armée américaine, et décide de s’installer à Paris. Il travaille tout d’abord au service artistique de l’Unesco, puis préfère renoncer à un salaire régulier pour ouvrir sa première galerie place Dauphine, en 1947, où il vend des gravures et des livres rares. Le local était si petit que lorsqu’il le vendit à Simone Signoret et Yves Montand, ses plus proches voisins, ils le transformèrent en cuisine. Au début de son activité parisienne, Heinz Berggruen apprend beaucoup de son mentor Daniel-Henry Kahnweiler, juif allemand comme lui, qui le conseille lors de ses premières acquisitions importantes. Berggruen le surnommait affectueusement « le comptable du Cubisme » , en raison de son approche extrêmement analytique de l’art.

En 1949, il ouvre sa célèbre galerie du 70 rue de l’Université et se spécialise dans l’art graphique contemporain. L’exposition inaugurale – une collection de dessins de Picasso ayant appartenu à Gertrude Stein – reçoit, entre autres visiteurs, Nelson Rockefeller et Alfred Barr, alors directeur du Museum of Modern Art de New York. Ses liens avec les poètes Tristan Tzara et Paul Éluard lui permettent d’entrer en contact avec plusieurs peintres de l’École de Paris. En 1952, Berggruen organise la première exposition à Paris des dessins de Paul Klee, son artiste favori avec Picasso. De 1952 à 1979, la galerie publie pas moins de soixante-six catalogues d’expositions, notamment plusieurs catalogues raisonnés majeurs.

« Acheter des Klee, c’est comme une drogue »
En 1960, le marchand épouse Bettina Moissi, dont il aura encore deux enfants : Nicolas et Olivier (ce dernier possède aujourd’hui une galerie à Londres). En 1962, sa collection personnelle, centrée essentiellement sur l’œuvre de Cézanne, Van Gogh, Seurat, Braque, Picasso et Klee, s’enrichit alors de toiles de qualité, telles le Portrait de madame Cézanne, divers tableaux cubistes et des Picasso de la période bleue.

Pablo Picasso – rencontré en 1951, il lui conservera son amitié jusqu’à sa mort en 1973 – est l’artiste le mieux représenté dans la collection Berggruen, qui le considère comme le peintre « le plus créatif et le plus inventif » du siècle. Parallèlement, son impressionnante collection de Klee prend de l’ampleur dans les années soixante. Berggruen n’avouera-t-il pas un jour : « Je ne peux pas m’empêcher d’acheter des Klee, c’est comme une drogue. L’histoire d’amour a commencé à San Francisco et elle n’a jamais cessé depuis. » Sa collection compte jusqu’à plus de cent œuvres de l’artiste allemand – aquarelles et huiles –, dont treize sont aujourd’hui au Musée national d’art moderne de Paris tandis que quatre-vingt-dix autres ont été données au Metropolitan Museum de New York en 1984. Ne jouant plus de rôle actif dans sa propre galerie depuis 1980, Heinz Berggruen suit attentivement la carrière de ses deux fils John et Olivier, et continue à se consacrer à sa collection, pour laquelle il cherchait depuis longtemps un lieu d’exposition. Après un bref séjour au Musée d’art et d’histoire de Genève en 1988, celle-ci a été présentée à la National Gallery de Londres entre 1991 et avril 1996. Afin de lui témoigner sa reconnaissance, Berggruen a donné sept petites huiles de Seurat au musée anglais, qui a plus tard acheté Gravelines pour 16 millions de livres (124 millions de francs). Le reste de la collection sera exposé à Berlin à partir du 6 septembre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°27 du 1 juillet 1996, avec le titre suivant : Berlin s’offre un "musée Berggruen" (I)

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