Mercredi 21 novembre 2018

Bellio

Soleil levant de l’impressionnisme

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 20 décembre 2007 - 363 mots

L’histoire est connue. Le 15 avril 1874, boulevard des Capucines à Paris, dans l’ancien atelier du photographe Nadar, s’ouvre la première exposition « impressionniste ». Mais le mot n’existe pas encore. L’exposition, organisée hors des circuits académiques, réunit notamment des tableaux de Monet, Renoir, Sisley, Pissarro, Degas, Cézanne, Guillaumin et Berthe Morisot. Le succès est très relatif : 175 visiteurs le premier jour, 54 le dernier, alors que le Salon officiel en accueille quotidiennement entre 8 000 et 10 000.
Le 25 avril, Louis Leroy, journaliste au Charivari, invente un néologisme. Ironiquement, il intitule son article : « L’exposition des impressionnistes », en allusion à la toile Impression, soleil levant de Monet. Bien involontairement, il baptise ainsi un mouvement qui révolutionnera l’histoire de la peinture occidentale. Cette même année 1874, Georges de Bellio (1828-1894), collectionneur fortuné d’origine roumaine, achète pour la première fois deux toiles « impressionnistes » : Rue de l’Hermitage à Pontoise de Pissarro et La Seine à Argenteuil de Monet.
Rapidement, il devient l’un des rares soutiens indéfectibles de ces peintres auxquels il arrive de traverser des périodes difficiles. Dans une lettre datée d’août 1879, Claude Monet lui écrit : « Nous sommes sans la moindre ressource ; j’ai rue Vintimille quelques toiles ; prenez-les pour la somme que vous voudrez ; mais je vous en prie ne restez pas sourd à mon appel et venez-nous en aide. »
L’exposition rend hommage à cet homme qui, après avoir acquis Le Buveur de Franz Hals ou des superbes dessins de Fragonard, décide de consacrer sa fortune à soutenir discrètement, sans arrière-pensée spéculative, ces  artistes si peu importants à l’époque. « Toutes les fois que l’un de nous avait un besoin urgent de deux cents francs, se rappellera Renoir, il courait au Café Riche, à l’heure du déjeuner ; on était certain d’y trouver M. de Bellio, lequel achetait, sans même le regarder, le tableau qu’on lui apportait. » Le musée Marmottan accueille le florilège d’une collection réunie avec passion et humanité par un homme libre.

« À l’apogée de l’impressionnisme. La collection Georges de Bellio », musée Marmottan Monet, 2, rue Louis-Boilly, Paris XVIe, tél. 01 44 96 50 33, jusqu’au 3 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°598 du 1 janvier 2008, avec le titre suivant : Bellio

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