Art contemporain

Paris-12e

Aux Voleurs !

La Maison rouge – Fondation Antoine de Galbert - Jusqu’au 28 octobre 2018

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 29 août 2018 - 432 mots

Ce n’est un secret pour personne : La Maison rouge ferme ses portes, définitivement. Le dernier tour de clé sera donné après le décrochage des œuvres de sa dernière exposition, le 28 octobre prochain.

Décrochage étant ici à entendre au sens propre comme au sens figuré, puisque l’exposition, intitulée « L’envol, ou le rêve de voler », fait la part belle aux œuvres et aux objets, d’artistes ou du quotidien, qui évoquent le rêve universel de voler… N’y allons pas par quatre chemins, même aériens, « L’envol » restera à l’image de La Maison rouge forgée au fil de ses cent trente et une expositions, depuis son inauguration en juin 2004 : joyeusement décloisonnante et salutairement déroutante. Elle est le fruit d’une réflexion à quatre têtes, deux couples, quatre amis dans la vie : Antoine de Galbert (fondateur de La Maison rouge) et Aline Vidal (galeriste), Bruno Decharme et Barbara Safarova (collectionneurs et spécialistes d’Art brut). Le sujet est vaste, mais le cadre chronologique est heureusement resserré aux XXe et XXIe siècles. Sorte d’espace Schengen de la création, l’exposition compose un vaste territoire sans frontières où circulent librement l’art moderne, l’art contemporain, l’Art brut et l’art populaire, la danse, le cinéma, l’ethnographie et la science. Si le visiteur toujours conserve ses deux pieds sur terre, il lui arrive de s’allonger sur le dos, pour regarder les films et captations de danse projetés au plafond, et sur le ventre, à l’invitation de l’artiste Didier Faustino (Opus incertum, 2008). Ils sont venus, ils sont tous là, les artistes attendus pour traiter d’un tel sujet – à l’instar du Belge Panamarenko, qui, depuis les années 1960, nourrit une fascination pour l’aéronautique, ou d’Yves Klein, auteur du célèbre Saut dans le vide (1960) –, comme les habitués de La Maison rouge : Henry Darger, Hélène Delprat, André Robillard et Adolf Wölfli. Mais, là où l’exposition convainc, c’est qu’elle n’a pas été pensée comme un générique de fin, mais bien, ce qui fut l’esprit de la fondation, comme un lieu d’expériences et de découvertes. Il y a cet artiste anonyme, dit « Zorro », dont on ne sait rien sauf qu’il s’est photographié pendant trente ans dans son appartement, ici travesti en pionnier de l’aviation. Il y a aussi Gustav Mesmer, personnalité « dérangée » dont les créations n’ont rien à envier à celles de Panamarenko, et Pierre Joseph, dont la sorcière maladroite a percuté de la tête un mur d’un bleu presque Klein… Elle est morte, à la différence de l’esprit de La Maison rouge qui survivra, soyons-en sûrs, à la fermeture de ses portes. Chapeau bas, monsieur de Galbert, et bon vol !

« L’envol, ou le rêve de voler »,
La Maison rouge – Fondation Antoine de Galbert, 10, boulevard de la Bastille, Paris-12e, lamaisonrouge.org

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°715 du 1 septembre 2018, avec le titre suivant : Aux Voleurs !

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