Jeudi 12 décembre 2019

musée

Au-delà du réel

L'ŒIL

Le 1 septembre 2002 - 321 mots

L’exposition « Subréel », conçue de main de maître par la directrice du Mac de Marseille, Nathalie Ergino et par le critique d’art François Piron, se situe bien aux frontières du réel. Un réel teinté d’imaginaire qui, par des stimuli de l’imagination, explore toutes sortes d’expériences sensorielles allant jusqu’à l’altération perceptive. L’hallucination, l’ivresse, l’hypnose, le vertige ou le rêve sont tour à tour convoqués par la quinzaine d’artistes présentés pour désorienter le visiteur, le confronter à des facteurs tels que l’incertitude ou l’inconnu. Ainsi, avec Light corner, une pièce constituée de deux murs d’angle couverts d’ampoules électriques, Carsten Höller provoque-t-il une rencontre entre art et science. Le spectateur, sujet d’expérimentation, réagit malgré lui à une luminosité dont l’intensité agit sur son activité neuronale. Très vite, les yeux fermés pour résister aux implacables flashs, il voit apparaître des phénomènes optiques, proche de l’hallucination. Non loin de là, François Curlet, qui s’évertue à détourner les interprétations que chaque signe se doit de susciter, nous convie dans son Rorschach Saloon, sorte de croisement incongru entre le débit de boisson et le cabinet de psychanalyse !
La consommation d’alcool y altère l’exercice analytique, transformant la confidence privée en épanchement public. Entre rêve et réalité, Sommiloquie de Laurent Montaron, permet au visiteur de consulter sur disques vinyles des enregistrements de personnes parlant dans leur sommeil. L’écoute de ces propos hachés, lachés sans retenue, donne lieu à une expérience profondément troublante. Simone Decker, enfin, nous pousse à nous glisser dans la peau d’un insecte en nous engluant dans son Pavillon de chasse. Entièrement réalisé en adhésif double-face transparent, ce cube minimal est un véritable piège, immaculé au point qu’une altération optique se crée entre intérieur et extérieur… jusqu’à ce que le spectateur y pénètre, laissant des traces de son passage, cheveux, empreintes de ses semelles qu’il a bien du mal à décoller...

- MARSEILLE, Mac, 69, av. d’Haïfa, tél. 04 91 25 01 07, 7 juillet-13 octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°539 du 1 septembre 2002, avec le titre suivant : Au-delà du réel

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