Jeudi 12 décembre 2019

Artistes et galeries à travers le monde (31 mai 2002)

Le Journal des Arts

Le 31 mai 2002 - 1342 mots

CHICAGO
Jeff Carter

Bien qu’il travaille à Chicago, Jeff Carter se rend très souvent dans le sud de l’Asie ; il a en effet séjourné en Inde, au Sri Lanka, en Indonésie et plus récemment à Java et à Bali. S’il a su échapper à l’Occident, il n’a pas gommé son identité de touriste : son travail traite du vide du voyage et de la différence entre être quelque part et rentrer chez soi. “Landscape” est sa deuxième exposition individuelle à la Vedanta Gallery, et comprend une série de sculptures et d’installations. A Vague Sensation of Paradise (présentée ici) met en œuvre de grandes caisses dont les couvercles sont composés de deux segments mobiles qui ondulent en suivant un motif de vague, créant l’illusion d’une matière fluide. Earthquake est un guide pratique consacré à Bali, île susceptible d’être violemment touchée par des tremblements de terre. Dans une salle voisine, une flèche scintillante indique la direction de La Mecque. Parmi les autres travaux, citons les masques tribaux que Jeff Carter a réalisés au cours d’un stage d’apprentissage de six mois auprès d’un artisan balinais. Le masque, qui pourrait avoir été fait par le maître, pose la question de l’authentique et de l’original. L’œuvre de Jeff Carter cherche à capturer le côté ingénu du tourisme plutôt que de considérer avec un romantisme aigu ce qui, pour la plupart d’entre nous, constitue l’expérience suprême. À une époque où le tiers-monde tente de se rapprocher des pays les plus riches grâce aux profits générés par le tourisme, c’est un message qui aura sans doute un écho.

Vedanta Gallery, 835 West Washington, Chicago, tél. 1 312 432 0708, jusqu’au 15 juin.

LONDRES
Georgina Starr - Gregory Crewdson

Les artistes contemporains puisent, de plus en plus, leur inspiration dans l’histoire du cinéma, délaissant les sources traditionnelles de l’histoire de l’art, comme en témoignent les vernissages simultanés de l’exposition du photographe Gregory Crewdson, “Twilight”, chez White Cube2 , et de la première exposition de Georgina Starr à la galerie Emily Tsingou, où elle vient d’entrer. Tandis que les références de Gregory Crewdson sont manifestement puisées dans les films du très étrange David Lynch (mais aussi dans The Virgin Suicides, d’après le roman de Jeffrey Eugenides), les sources cinématographiques de Georgina Starr sont plus obscures : Bunny Lake is Missing, film de 1965 d’Otto Preminger sur la disparition d’une jeune fille, et Targets, film sanglant de 1967 de Peter Bogdanovich. Bien que ces deux films soient plus vieux que Georgina Starr elle-même (elle est née à Leeds en 1968), ils n’en exercent pas moins une grande influence sur l’artiste, en particulier l’œuvre de Preminger. L’exposition actuelle – une grande installation et un accrochage de photographies – a pour titre Bunny Lake Drive-In ; il s’agit du troisième épisode de ce que l’artiste nomme la série “Bunny Lake”. Invitée récemment à la Tate Gallery de Londres, au Museum of Modern Art de New York, et au Stedelijk Museum d’Amsterdam, Georgina Starr présente une installation au 86 Brick Lane, qui recrée le décor du cinéma de plein air (“drive-in”) du film Targets, de Bogdanovich, tandis que ses photographies sont exposées à la galerie Emily Tsingou.

Emily Tsingou, 10 Charles II Street, Londres, tél. 44 20 7839 5320, jusqu’au 18 juin.

NEW YORK
William Henry Jackson

Les historiens de l’art ont, depuis les années 1980, procédé à une relecture de leur discipline, mettant en lumière des artistes oubliés. Aujourd’hui, c’est sur l’histoire de la photographie que les critique se penchent. Mexican Suite : A History of Photography in Mexico, par exemple, ouvrage publié en Espagne en 1994 et traduit en anglais l’année dernière, révèle l’œuvre de plusieurs photographes mineurs. Il enrichit la photo de famille des artistes généralement associés au Mexique et sur laquelle ne figuraient, jusqu’à présent, que les noms d’Alvarez Bravo, Weston, Modotti et quelques autres. L’exposition présentée chez Throckmorton Fine Art qui constitue le premier volet d’une série de deux (la seconde partie est programmée pour l’automne), doit son titre à l’ouvrage éponyme. Elle est consacrée à la photographie mexicaine du XIXe siècle et du début du XXe, et s’arrête juste avant le “modernisme international”. Comme souvent dans la photographie de cette période, l’un des grands thèmes abordés ici est le voyage. Parmi les artistes les plus représentés figurent William Henry Jackson, américain d’origine, célèbre pour ses vues du sud-ouest des États-Unis. Engagé par les Chemins de fer mexicains en 1883 pour réaliser des images publicitaires sur le trajet du train, il a aussi signé des vues saisissantes et souvent poétiques. Est également présent Hugo Brehme, artiste d’origine allemande, que l’on considère comme le premier pictorialiste mexicain, avec ses vues lyriques, et romantiques du paysage (Teotihuacan Pyramid, années 1920, ci-dessus). Il a également ouvert le premier grand atelier photographique de Mexico dans les années 1920, et a eu pour élève Manuel Alvarez Bravo.

Throckmorton Fine Art, 153 East 61st Street, New York, tél. 1 212 223 1059, jusqu’au 29 juin.

NICE
Yue Minjun, Lu Hao, Hai Bo, Ma Han, Pu Jie, Wang Jin, et Qiu Shi-Hua

Apparu à la fin de la dernière décennie, l’intérêt suscité par la culture asiatique ne cesse de croître, touchant tous les domaines artistiques : cinéma, danse, mode, design et architecture. Le phénomène est dorénavant bien visible dans les arts plastiques, comme le confirme l’exposition présentée actuellement à la galerie Soardi, à Nice. “Welcome China” réunit sept artistes chinois issus de cette nouvelle génération, fruit d’un mélange complexe de cultures traditionnelles et d’influences occidentales. La plupart d’entre eux sont d’ailleurs connus des circuits de l’art contemporain : Biennale de Venise, de São Paulo, Fiac… C’est notamment le cas de Yue Minjun, connu pour ses autoportraits le montrant un sourire figé aux lèvres, à la manière d’un soldat impertinent et cynique ; ou encore de Lu Hao qui réalise des séries d’oiseaux et poissons rouges en plastiques et Plexiglas, mêlant une iconographie chinoise à une réflexion contemporaine sur la nature et le paysage. Hai Bo, Ma Han, Pu Jie, Wang Jin, et Qiu Shi-Hua sont les cinq autres artistes qui viennent compléter ce riche panorama.

“Welcome China !” Galerie Soardi, 8 rue Désiré-Niel, 06000 Nice, tél. 04 93 62 32 03, jusqu’au 14 septembre.

PARIS
Krijn de Koning

Site Odéon°5, créée par Jean-Michel Wilmotte et Georges Verney-Carron, n’est décidément pas une galerie comme les autres, puisqu’elle accueille des projets liés de façon étroite à l’architecture du lieu et au contexte urbain environnant. Dans cet esprit, Krijn de Koning présente une œuvre spécifique, qui envahit la totalité des espaces. Cet architecte-plasticien hollandais, qui interroge depuis plusieurs années les questions relevant de l’in situ, réalise aujourd’hui une structure qui dédouble l’architecture de la galerie. Cette construction éphémère, d’une hauteur de 2,50 mètres, peut se traverser, laissant aux visiteurs la possibilité d’expérimenter le lieu de façon presque rituelle. Une maquette de l’installation, des dessins et un multiple sont, par ailleurs, exposés dans la librairie Le Moniteur, qui jouxte Site Odéon°5. Après avoir perçu l’œuvre physiquement, les plus curieux peuvent ainsi appréhender le travail de Krijn de Koning d’une manière plus rationnelle, et conceptuelle.

Site Odéon°5, 5 place de l’Odéon, 75006 Paris, tél. 01 44 41 05 05, www.art-entreprise.com, jusqu’au 23 août.

Candida Höfer

Depuis plus de vingt ans, Candida Höfer photographie des intérieurs d’espaces publics ou semi-publics qui symbolisent l’art, la connaissance, ou le pouvoir : musées, bibliothèques, universités, hôtels de ville… L’artiste ne s’attache pas à démontrer l’utilité de ces lieux de représentations de la culture et de l’histoire, mais plutôt à établir une typologie de leur fonction. Ce sont en effet des édifices désertés qui s’offrent aux regards des spectateurs. Privés d’utilisateurs, et en état de vacance, ils apparaissent comme les images d’une architecture archétypale. Les moyens et grands formats présentés à la galerie Laage-Salomon montrent comment Candida Höfer préfère, à la différence de ses maîtres, Bernd & Hilla Becher, une multiplicité de points de vue, jouant avec les effets de perspective induits par les éléments architecturaux.

Galerie Laage-Salomon, 57 rue du Temple, 75004 Paris, tél. 01 42 78 11 71, jusqu’au 20 juillet. P. S., S. S. et Fabienne Fulchéri 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°150 du 31 mai 2002, avec le titre suivant : Artistes et galeries à travers le monde (31 mai 2002)

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque