Arthus-Bertrand

Le tarmac vu du ciel

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 20 décembre 2007

Depuis qu’on a envoyé dans l’espace les premiers cosmonautes, l’homme n’a eu de cesse de vouloir en savoir toujours plus sur ce qu’il appelle sa « planète bleue » et il s’est montré particulièrement friand d’images vues du ciel. Le succès des photographies de Yann Arthus-­Bertrand tient notamment à cela.

À leur qualité aussi. Sans s’être jamais considéré comme un artiste du land art – ce qu’il n’est pas puisqu’il n’utilise la terre ni comme support, ni comme matériau de ses œuvres –, il nous a donné de celle-ci des images indiscutablement belles.
À force de décollages et d’atterrissages de cet outil de travail qu’est son hélicoptère, on imagine facilement comment Yann Arthus-Bertrand a pu être fasciné par les innombrables tarmacs où il a posé son engin. Leur surface s’offre en effet à voir comme le lieu par excellence d’une empreinte essentielle, celle des pneus des appareils qui vont et viennent sans cesse. Quand on songe à l’instant précis du toucher au sol, on mesure l’enjeu incroyable qu’est celui de l’atterrissage et comment ces tarmacs en enregistrent les traces. Comme autant de coups de brosse. Ce sont ces traces auxquelles Yann Arthus-Bertrand s’est nouvellement intéressé et dont il nous livre chez Louis Carré les images fusantes. S’il y va d’une complicité avec la peinture abstraite et matiériste, qui n’est pas sans rappeler l’intérêt qu’a porté jadis Dubuffet à l’idée de sol, il y va tout autant du soin d’une inscription qui relèverait d’une forme de graffiti à l’échelle aéronautique, voire d’un fragment d’image sidérale. Ciels et sols mêlés en quelque sorte. Mais ces photos de « Tarmacs » nous parlent surtout d’un instant décisif. Ce qu’elles montrent semble relever de l’aperçu de quelque chose d’indicible qui appartient à cette grande machine cosmique qu’est la Terre. Libres de toute relation narrative, cadrées pleine marge, elles ouvrent sur un espace propre et opèrent en métaphore d’une temporalité fulgurante. « La foudre pilote l’univers », nous rappelle Héraclite.

« Tarmacs », galerie Louis Carré & Cie, 10, avenue de Messine, Paris VIIIe, tél. 01 45 62 57 07, jusqu’au 26 janvier 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°598 du 1 janvier 2008, avec le titre suivant : Arthus-Bertrand

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