Vendredi 20 septembre 2019

Angers (49)

Artapestry ne fait pas tapisserie

Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine. Jusqu’au 18 mai 2014

Par Virginie Duchesne · L'ŒIL

Le 16 avril 2014 - 378 mots

Angers accueille cette année une sélection de la 3e édition de la Biennale de la tapisserie contemporaine.

Organisée par un collectif d’artistes européens, elle promeut une pratique artistique trop souvent reléguée aux arts appliqués et en déshérence depuis la fin des biennales de Lausanne. Régulièrement présentée, comme dans la dernière exposition du Musée d’art moderne de la Ville de Paris « Décorum », la tapisserie reste difficile à lire et soulève peu l’enthousiasme du public. Pourtant, parmi les œuvres présentées à Angers, dont les auteurs restent encore en grande majorité féminins et d’Europe du Nord et de l’Est, certaines retiennent le regard par leurs techniques de réalisation et, au-delà, par leur force esthétique. C’est le cas du Coquillage noir (2009) réalisée par la seule Européenne du Sud, l’Italienne Federica Luzzi. Les fils tissés forment une coquille striée géante d’un bleu sombre et brillant, créant une œuvre puissante et hypnotique, loin de l’aspect décoratif et didactique de la tapisserie ancienne. L’œuvre du Norvégien Unn Sonju (Le sang ne peut être lavé par le sang, 2010) témoigne de l’évolution de cet art qui ne fut longtemps que la reproduction d’un dessin (ou carton) d’un peintre connu. L’artiste joue ici sur la troisième dimension, les effets de matière et les fils non tissés pour créer une tapisserie littéralement sanglante. Même jeu de fils à la surface des Eaux calmes (2008) de l’Écossaise Fiona R. Hutchison, qui présente un effet de vaguelettes en relief.
La sélection des œuvres contemporaines, réalisées entre 2008 et 2012, est confrontée à la collection du musée, réunissant les artistes de la « Nouvelle Tapisserie » des années 1960. Certains dialogues fonctionnent, particulièrement sur les thèmes du paysage et de la lumière : la mystérieuse forêt enneigée du Conte d’hiver de la Polonaise Iska van Kempen-Jarnicka face à la chaleur de La Légende du Nil de Paul Klee ; l’art vibrant de Vasarely (Punk 101, 1971) au regard des néons d’Hong Kong de Grethe Sorensen obtenus par « tissage numérique », c’est-à-dire à partir d’une image numérique où un pixel représente un point de tissage. Seul bémol : ce choix trop générique des sections du parcours (motifs décoratifs, paysages, couleur, mort ou encore spiritualité) peine à stimuler le regard et à instaurer un véritable dialogue entre les œuvres.

« Artapestry 3. Allers-retours »

Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine, 4, boulevard Arago, Angers (49)
www.musees.angers.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°668 du 1 mai 2014, avec le titre suivant : Artapestry ne fait pas tapisserie

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