Mardi 11 décembre 2018

Art, moniteur et bande

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 novembre 2004 - 431 mots

Des rapports de l’art avec le petit écran ou la bande image/son, il convient de rappeler que c’est à l’ARC, le département d’Art contemporain du musée d’Art moderne de la Ville de Paris créé en 1973, que revient le mérite d’avoir organisé dès l’année suivante la première confrontation internationale consacrée en France à l’art vidéo. Et que c’est à Suzanne Pagé, qui dirigeait alors cette cellule, et à Dany Bloch, aujourd’hui disparue, que l’on doit d’avoir pu prendre très tôt la mesure d’une production artistique qui allait envahir les arts plastiques. Rien d’étonnant en conséquence que le même musée, dans le cadre de ses actions temporairement délocalisées pour cause de travaux, revienne trente ans plus tard sur le sujet. « Art, télévision et vidéo : utopies d’hier, enjeux pour demain ? » s’interroge le titre de l’exposition qu’il présente cet automne au couvent des Cordeliers. D’une utopie faire un enjeu, c’est dire le trajet parcouru. C’est souligner les transformations fondamentales que la notion même d’art a connues et mettre en exergue le saut qualitatif du statut de l’image qu’elle a effectué en quelques décennies. Pour illustrer cet état de fait, le choix qui a été de réunir l’œuvre réalisée par Gerry Schum dans les années 1960-1970 à travers la Fernsehgalerie, la première galerie télévisuelle du genre, et de présenter deux postures contemporaines, celles de David Robbins et d’Olivier Bardin, est tout à la fois didactique et prospectif, donc judicieux. L’utilisation qu’a faite Gerry Schum de la télévision est exemplaire d’une volonté non seulement de mettre l’art à la portée du plus grand nombre mais de nourrir les avant-gardes du temps – art conceptuel, Land Art, Arte povera… – d’un médium qui les confrontait à la recherche de solutions plastiques nouvelles. Quant à Robbins et Bardin, leurs démarches respectives illustrent à merveille ce qu’il en est pour le premier de l’invention d’une forme d’émission grand public assimilant toutes sortes de pratiques artistiques, pour le second de la conception de vidéos et de dispositifs empreints de la stratégie et des modèles télévisuels. Trois façons d’opérer distinctes mais qui partagent les mêmes préoccupations quant à une problématique de l’image contemporaine instruite par celle du petit écran. Et c’est sans compter avec tous les jeux d’effets plastiques qu’offrent les nouvelles technologies. Si la télévision cède aujourd’hui à des formes le plus souvent dépravantes, l’appropriation qu’en ont fait les artistes lui sauve du moins la mise.

« Art, télévision et vidéo : utopies d’hier, enjeux pour demain ? », les Cordeliers, PARIS, rue de l’École de médecine, Ve, tél. 01 53 61 40 00, 23 octobre-28 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°563 du 1 novembre 2004, avec le titre suivant : Art, moniteur et bande

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