Mercredi 19 décembre 2018

Art et politique

L'ŒIL

Le 1 janvier 2004 - 698 mots

« La reine florentine Marie de Médicis avait épousé la France », annonce l’un des commissaires de l’exposition. Cependant la reine-mère exilée connut une fin solitaire. Sa mémoire fut ensuite malmenée par le cardinal de Richelieu, son grand ennemi. Tout cela ne doit plus faire oublier que la reine Marie de Médicis, épouse du roi Henri IV et mère du roi Louis XIII, fut l’un des personnages les plus importants de l’histoire de l’art français, assurant une parfaite transition entre la Renaissance établie sous le règne de François Ier et le Grand Siècle de Louis XIV.
L’exposition du château de Blois entend montrer l’influence déterminante de cette reine d’origine florentine sur l’évolution de l’art en France dans les années 1600 à 1630, cruciales pour le développement de l’art de notre pays, en insistant sur la volonté manifestée par la reine d’apporter en France l’idée d’un gouvernement par les arts issue de la tradition familiale des Médicis.
Fille de François Ier de Médicis et de Jeanne d’Autriche, petite-fille de Cosme de Médicis, Marie de Médicis fut une reine européenne qui incita le roi à instaurer un style royal français, et lui en donna les moyens financiers grâce aux réseaux bancaires familiaux qui contribuèrent à reconstruire le pays dévasté par les guerres de religion.
Composée en trois parties selon un parcours biographique, l’exposition présente d’abord la princesse florentine (1573-1600) puis la femme du roi de France (1600-1610) et enfin Marie, régente et reine-mère (1610-1631). Tableaux, sculptures et dessins ont été associés à différents types d’objets d’art, bijoux, tapisseries, médailles et livres reliés : en tout cent quarante pièces serviront à illustrer le goût de Marie de Médicis et son rayonnement en France.
Des œuvres prêtées par le musée du Louvre côtoient des pièces se trouvant encore chez les descendants des Médicis ou prêtées pour la première fois par des collectionneurs privés, comme les peintures du cabinet doré. Celles-ci, commandées par Marie de Médicis pour orner le cabinet de son nouveau palais du Luxembourg, ont connu une destinée mouvementée. Parties de France en 1802, achetées par Lord Elgin, ces peintures redécouvertes par Anthony Blunt dans les années 1960 et vendues aux enchères à Londres, font actuellement partie d’une collection privée américaine et sont donc de retour en France durant le temps de l’exposition.
Si pour ce fameux cabinet doré Marie de Médicis fit appel à des Italiens, elle s’adressa à un artiste d’origine flamande, Ambroise Dubois, pour décorer son cabinet du château de Fontainebleau de peintures représentant les aventures de Tancrède et de Clorinde d’après la Jérusalem délivrée du Tasse. Elle sollicite le grand peintre flamand Pierre Paul Rubens pour réaliser les peintures du grand décor royal le plus prestigieux alors en France, le cycle Médicis du palais du Luxembourg qui fut, après la galerie François Ier à Fontainebleau et avant la galerie des Glaces de Versailles, la plus importante entreprise de légitimation du pouvoir par les arts.
S’appuyant sur les recherches les plus en pointe à propos du règne artistique et littéraire de Marie de Médicis, notamment sur les résultats d’un récent séminaire du Collège de France dirigé par le professeur Marc Fumaroli, cette exposition imaginée d’abord par Paola Bassani-Pacht et Francesco Solinas a été réalisée en accord avec Thierry Crépin-Leblond et Nicolas Sainte Fare Garnot. Elle est accompagnée d’un catalogue.
Cet ouvrage composé par des spécialistes comblera donc à la fois les érudits et les amateurs d’art en rendant justice à cette période encore insuffisamment connue, les premières décennies du XVIIe siècle en France.
Tout cela va contribuer à faire revivre cet art trop souvent négligé peut-être parce qu’il fut trop multiple pour être facilement défini. Pourtant, pendant les années du règne de Marie de Médicis était en germe le style français du Grand Siècle pendant que se poursuivait, sous d’autres formes, l’esthétique tardo-maniériste de la fin du XVIe siècle renouvelée par l’apport de peintres venus de l’étranger. De cet entrecroisement émergea une sensibilité particulière, raffinée et foisonnante, riche de réminiscences savantes et délicates que cette exposition permettra de mieux comprendre dans tous ses aspects artistiques.

« Marie de Médicis : un gouvernement pour les arts », BLOIS (41), château, tél. 02 54 90 33 33, 29 nov.-28 mars 2004.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°554 du 1 janvier 2004, avec le titre suivant : Art et politique

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