Photographie

Arles, les Rencontres en nuance

Arles

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 3 septembre 2013 - 526 mots

Les grands noms de la photo ont fait le succès de cet opus arlésien peu enclin aux nouveaux talents.

ARLES - Cet été, François Hollande, accompagné d’Aurélie Filippetti, a été l’invité surprise des Rencontres d’Arles de la photographie. Au programme de la visite présidentielle du 25 juillet dernier : explication des futurs projets de la Fondation Luma et de la Fondation Van Gogh, discours sur l’impact économique des projets culturels sur la ville (et pour la région Paca), et visite des expositions Sergio Larrain, Hiroshi Sugimoto, Jacques Henri Lartigue, Pierre Jamet, Wolfgang Tillmans, Gilbert Garcin et Gordon Parks. Belle sélection à laquelle auraient pu ajouter si le temps n’avait pas manqué : Michel Vanden Eeckhoudt, Arno Rafael Minkkinen, Jean-Michel Fauquet, Pieter Hugo, Jean-Louis Courtinat, John Davies, Miguel Angel Rojas, Halil, Nikolay Bakharev, Alexandre Slussarev, et Vivian Sassen, expositions tout aussi marquantes. Cette 44e édition des Rencontres a été particulièrement riche en auteurs déjà consacrés, mais s’est révélée pauvre, voire décevante en découvertes (en particulier la consternante sélection SFR jeunes talents). Dédiée au noir et blanc, elle a cependant réservé un bon quart de sa programmation à la couleur. En exposition phare dans cette catégorie : « Wolfgang Tillmans, Neue Welt » de la Kunstalle de Zürich, organisée par Beatrix Ruf et coproduite par la Fondation Luma et Les Rencontres d’Arles au parc des Ateliers. L’exposition était attendue : une telle monographie de l’œuvre n’avait pas été présentée en France depuis plus de dix ans.

Tillmans au centre du petit monde des Rencontres
De ce « Nouveau monde », tiré de la série éponyme née des voyages de l’artiste entrepris ces quatre dernières années de par le monde, filtre pourtant un sentiment ambivalent partagé entre l’intérêt du propos ambitieux – peut-il avoir un nouveau regard sur ce monde ? – et ce que nous donne à voir de prime abord Wolfgang Tillmans et Beatrix Ruf : une longue, très longue association d’images grand format tirées des motifs constitués par l’artiste (moyens de transports, phare de voiture, centres commerciaux, sites célèbres, plantes, animaux, science, scènes de rue, portraits, ciel nocturne, éléments d’architecture…), où le banal le plus confondant, le cadrage le plus bancal, la somptuosité d’un ciel étoilé, la fulgurance d’un regard créent au final un assemblage disparate visuel de notre monde qui déstabilise, déconcerte, interroge. On peut frôler l’agacement, l’ennui dans cette mythologie « barthessienne » toute personnelle qui demande une lecture attentive, voire à rebours pour saisir toutes la subtilité de ces fragments de voyages, d’expériences, de prélèvements de surfaces, de petits riens significatifs (étonnants phares de voiture), qui résonnent, se superposent en autant de perceptions spécifiques et distinctes pour mieux faire ressentir l’usage du monde de Tillmans. « Neue Welt » tranche avec les autres travaux photographiques présentés aux Rencontres. Comme tranchent dans un autre registre les photographies de mode toutes personnelles, décalées et subversives de Vivian Sassen, aux contrastes éclatants et à la sensualité délicate ou à l’humour espiègle.

Les Rencontres d’Arles de la photographie

Jusqu’au 22 septembre, www.rencontres-arles.com, Neue Welt, Wolgang Tillmans », Taschen, 216 pages, 29,99 €, « Les rencontres d’Arles de la photographie, Arles in black », Actes Sud, 560 pages, 46 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°396 du 6 septembre 2013, avec le titre suivant : Arles, les Rencontres en nuance

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