Dimanche 16 décembre 2018

Arcimboldo, un Italien à la cour des Habsbourg

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 27 septembre 2007 - 887 mots

La carrière d’Arcimboldo témoigne des heures les plus brillantes des cours impériales de Vienne et de Prague. Là, le peintre a côtoyé des artistes et des scientifiques venant de toute l’Europe.

Que la concurrence était rude, au XVIe siècle, pour les jeunes peintres de la péninsule italienne ! Dans ce contexte, ils furent plus d’un à se laisser séduire par les cours étrangères, quitte à se faire oublier de leur pays natal. C’est ce qui arriva à Giuseppe Arcimboldo. Au début des années 1560, celui-ci cède aux sirènes du mécène étranger. Mais pas l’un des moindres : le plus puissant d’entre eux, l’empereur Ferdinand Ier, frère de Charles Quint et héritier de la dynastie des Habsbourg.

Il peint ses allégories pour la cour impériale
L’histoire n’a retenu que peu de choses du début de carrière milanaise du jeune Giuseppe, auteur, en 1549, de cartons de vitraux destinés à la cathédrale de Milan. Sollicité par la famille de Habsbourg pour exécuter une série de blasons, il débute alors une longue collaboration qui le mène jusqu’à Vienne et Prague. De 1562 à 1587, soit pendant vingt-cinq ans, le peintre jouit de la position de peintre officiel de la cour des Habsbourg. Appelé à Vienne par Ferdinand Ier (1556-1564), il est confirmé dans sa charge par son fils et successeur, Maximilien II (1564-1576) puis par Rodolphe II (1576-1611). Ces deux derniers, en mécènes éclairés, comblent le peintre d’honneurs. Et l’artiste le leur rend bien.
Salué pour son érudition, Arcimboldo conçoit des œuvres complexes, empreintes de l’intellectualisme en vogue à la cour impériale. Il multiplie les créations, des plus classiques, tels ces portraits de famille que les historiens de l’art ont mis longtemps à lui attribuer, aux plus fantasques, comme ces jeux d’eau et mises en scènes spectaculaires destinées à l’agrément des fêtes impériales.
Mais ce sont surtout ses célèbres séries des Saisons et des Éléments, dont il offre une première version à Maximilien le 1er janvier 1569, qui marquent les esprits. Le succès de ces deux tétralogies est immédiat. Si leur destination initiale est encore aujourd’hui sujette à caution, tout laisse à penser qu’elles étaient exposées en introduction au Wunderkammer. Cette chambre du trésor ou cabinet de curiosités, musée universel de tout prince humaniste, réunissait des antiquaria – les antiquités collectées par l’Italien Jacopo Strada pour le compte de l’empereur – et des naturalia conjuguées dans un savant hétéroclisme. Les « relations » écrites à l’occasion de plusieurs fêtes impériales nous indiquent aussi que ces peintures pouvaient, à l’occasion, être présentées hors de ce musée des merveilles. En 1571, lors de noces royales, Arcimboldo présente les deux tétralogies telles des figures vivantes dans le cadre d’un spectacle dédié au savoir encyclopédique.
Au crépuscule de la Renaissance, les artistes apprécient les combinaisons savantes, mêlant attention nouvelle à la nature et goût pour le fantastique. Le maniérisme, cet art d’une grande fantaisie créatrice, qui joue de la surprise et du paradoxe, de l’allongement des formes et de l’érotisme, séduit alors toutes les cours européennes et notamment Prague, où Rodolphe II a déplacé sa capitale dans le courant des années 1580.
Arcimboldo s’y installe et s’immerge dans le creuset intellectuel et artistique de l’entourage de ce brillant mécène. Il y côtoie de nombreux artistes provenant d’horizons divers : le peintre allemand Hans von Aachen (1552-1615), les Flamands Bartholomeus Spranger (1546-1611), Roelandt Savery (1576-1639) et Adriaen De Vries (1545-1626) ou encore l’orfèvre Wentzel Jamnitzer (1508-1585) et le lapidaire Milanais Ottavio Miseroni (1567-1624). Leurs œuvres viennent enrichir les collections familiales (Titien, Dürer, Véronèse, Corrège…) transportées au château royal de Prague que modernise un autre Italien, Giovanni Maria Filippi.

Arcimboldo quitte Prague avant le déclin de l’empereur
Protecteur des arts, Rodolphe II l’est également des sciences et attire auprès de lui le Danois Tycho Brahé (1546-1601) et son élève, l’Allemand Johannes Kepler (1571-1630), tous deux mathématiciens, astrologues et astronomes célèbres pour leurs travaux dans la lignée de Copernic. Dans l’enceinte du château sont également hébergés plusieurs laboratoires destinés aux alchimistes protégés par l’empereur, amateur d’ars magica et de sciences occultes. Sous le règne de Rodolphe II, Prague est donc un foyer cosmopolite où les libertés religieuses sont garanties, alors que, déjà, l’empire se disloque politiquement.
En 1587, à soixante ans passés, Arcimboldo obtient de l’empereur la faveur de retourner finir sa vie à Milan. C’est de là qu’il envoie ses derniers tableaux, dont le Portrait de Rodolphe II en Vertumne, livré deux ans avant sa mort, en 1591. L’empereur y est figuré en dieu tout puissant, présidant aux cycles de la nature. Arcimboldo fixe ainsi l’image d’un monarque avant le déclin.
À Prague, le vent est en train de tourner. En 1612, après plusieurs révoltes et une opposition virulente à sa politique religieuse, Rodolphe, empereur saturnien et mélancolique, est contraint d’abdiquer au profit de son frère Matthias. Le dieu des saisons est déchu, entraînant dans sa perte ce brillant foyer artistique dont l’art d’Arcimboldo témoigne durablement.

Biographie

1526 Naissance de Giuseppe Arcimboldo à Milan. 1549 Réalise des cartons de vitraux pour le dôme de la cathédrale de Milan en compagnie de son père artisan peintre. 1562 Appelé à la cour au service des empereurs Ferdinand Ier, Maximilien II et Rodolphe II pour être le portraitiste de la famille impériale. 1569 Première série des Quatre Saisons. 1573 Deuxième série des Quatre Saisons. 1587 Obtient de Rodolphe II la faveur de retourner en Italie pour y finir ses jours. 1591 Arcimboldo est promu au rang de comte palatin. 1593 Décède à Milan.

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Arcimboldo (1526-1593) », jusqu’au 13 janvier 2008. Commissaire”‰: Sylvia Ferino. Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, Paris VIe, métro”‰: Saint-Sulpice, Odéon. RER”‰: Luxembourg. Ouvert le lundi, vendredi, samedi de 10 h 30 à 22 h, mardi, mercredi, jeudi de 10 h 30 à 19 h, dimanche et jours fériés de 9 h à 19 h. Tarifs”‰: 11 € et 9 €. Tél. 01”‰45”‰44”‰12”‰90, www.museeduluxembourg.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°595 du 1 octobre 2007, avec le titre suivant : Arcimboldo, un Italien à la cour des Habsbourg

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