Mercredi 19 janvier 2022

Architecture Londres en formes olympiques

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 16 mai 2012 - 1318 mots

Les J.O. sont l’occasion de faire évoluer les équipements, l’urbanisme
et l’image des villes organisatrices. Londres, qui se dote d’une nouvelle tour signée Kapoor, voit ses quartiers est réhabilités.

Faire mieux que Sydney 2004 écologiquement et que Pékin 2008 financièrement, tel était l’objectif avoué des organisateurs des jeux Olympiques de Londres 2012. Côté budget, c’est raté ! Évalué à l’origine entre 2 et 3 milliards de livres sterling, celui-ci a explosé, grimpant à 9,3 milliards de livres sterling, selon le chiffre officiel (11,5 milliards d’euros). Côté écolo, en revanche, Londres se rattrape haut la main. Ce fut d’ailleurs l’un des points forts de sa candidature qui, il y a sept ans, avait fait pencher la balance en sa faveur, au détriment de Paris : inclure l’organisation des J.O. au cœur d’un vaste projet d’urbanisme, la rénovation de l’« East End » – l’est de la capitale britannique.
Aussi le parc olympique implanté dans l’ancienne zone industrielle de Stratford est aujourd’hui devenu la clé de voûte d’une colossale métamorphose visant à la régénération de quatre boroughs – « districts », équivalent des arrondissements parisiens –, naguère parmi les plus pauvres du royaume et longtemps occupés par des usines chimiques hautement polluantes. L’Olympic Delivery Authority (ODA), organisme qui gère l’ensemble des travaux, assure s’être fixé une règle : 75 % des sommes qu’elle dépense concernent la transformation à long terme du secteur.

Objectif : organiser les J.O. les plus « green »
Le chantier, régi par la « méthode des 3 D » – Dig (« creuser »), Demolish (« démolir »), Design (« dessiner et construire ») –, a été titanesque : deux cent cinquante bâtiments démolis, cinquante-deux pylônes à haute tension démantelés et des lignes électriques enfouies à trente mètres sous terre dans deux tunnels de six kilomètres de long, 1,4 million de mètres cubes de terre « dépollués » dont 80 % réemployés sur les lieux, quatre mille arbres plantés…
À déambuler aujourd’hui dans ce parc olympique flambant neuf, on a du mal à imaginer le « dépotoir » d’antan. Le site, sorte de vaste « rectangle » orienté nord-ouest/sud-est, est traversé par la River Lea, ancien cloaque reconverti en rivière bucolique au bord de laquelle il fait bon flâner. L’idée est d’être le plus green (vert) possible, y compris du point de vue de la sémantique. Exemple : le Northern Outfall Sewer Embankment, ancien égout à ciel ouvert qui traversait l’endroit depuis le XIXe siècle et que tout le monde appelait par son acronyme N.O.S.E. (« nez ») tellement l’odeur y était pestilentielle, a été bouché, végétalisé et rebaptisé… The Greenway (« le chemin vert »), offrant désormais sept kilomètres de sentier piétonnier et de piste cyclable. Bref, un seul mot d’ordre : sustainability, autrement dit « développement durable ». Toute construction se doit de respecter ce précepte, a fortiori si elle est appelée à demeurer après les J.O.

Des équipements à géométrie variable
Imaginé par l’agence Populous, le bâtiment phare, le stade olympique (80 000 places), subsistera mais réduira de volume. De fait, on distingue bien les deux parties qui le constituent : la base de 25 000 places, qui restera, et l’anneau supérieur de 55 000 places, qui sera démonté. Autre construction pérenne mais à géométrie variable, le centre aquatique (17 500 places) dessiné par la star Zaha Hadid subira, lui aussi, une cure d’amaigrissement. Les deux vastes tribunes latérales, qui enlaidissent pour l’heure le volume global, disparaîtront dès la fin de la compétition, rendant sa ligne originelle effilée à cet édifice déjà baptisé The Wave (« la vague ») ou The Stingray (« la raie »). Imaginée par la firme Make Architects, la Handball Arena (7 000 places), plus connue sous le nom de Copper Box à cause de son revêtement extérieur en cuivre recyclé, deviendra, elle, une salle multisport.
Quant au vélodrome (6 000 places) conçu par l’agence Hopkins Architects, il arbore une splendide forme de paraboloïde hyperbolique trivialement surnommée The Pringle, autrement dit « la chips ». C’est pourtant la construction la plus séduisante du site, entièrement habillée de cèdre rouge à l’extérieur et de pin de Sibérie à l’intérieur, piste comprise. Le village olympique, enfin, sera transformé en quelque deux mille huit cents appartements.
Plusieurs bâtiments, en revanche, seront démontés et « réutilisés » ailleurs, entièrement ou en partie. C’est le cas de la Basketball Arena (12 000 places) conçue par le cabinet Sinclair Knight Merz avec Wilkinson-Eyre et KSS, recouverte d’une membrane de PVC de vingt mille mètres carrés tendue sur une structure qui lui donne l’air d’un fruit exotique. Idem avec Le Requin, surnom donné au centre de water-polo, lequel émerge du sol avec sa peau tendue argentée, tel le squale à la surface de l’eau.

Un « narguilé » planté en plein Londres
L’aménagement paysager, lui aussi, va évoluer. Les allées, suffisamment larges pour accueillir le public des J.O., seront rétrécies et reverdies. En tout, seront plantées quelque deux cent cinquante espèces de plantes différentes. Le parc olympique devrait d’ailleurs, à l’occasion du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II – du 3 au 5 juin –, être rebaptisé The Queen Elizabeth Olympic Park. D’une surface de deux cent cinquante acres – soit une centaine d’hectares –, il sera le plus grand parc urbain construit au Royaume-Uni depuis plus d’un siècle. De-ci, de-là y ont été installées des œuvres d’art. Ainsi, devant la Copper Box, se hisse une grande sculpture-miroir de l’artiste italienne Monica Bonvicini constituée des trois lettres géantes R.U.N. (« courir »).
Mais l’attraction principale est à n’en point douter la tour Orbit dessinée par Anish Kapoor. Conçue à 57 % d’acier recyclé, cette structure réticulaire déploie dans le ciel une étrange boucle continue que le maire de Londres, Boris Johnson, a déjà comparée à un... narguilé. Coût : 19,1 millions de livres sterling (23,5 millions d’euros). Seize ont été apportés par l’industriel Lakshmi Mittal (ArcelorMittal), le reste par la London Development Agency. D’une hauteur de cent quinze mètres, ce belvédère permettra d’avoir une vue imprenable non seulement sur le parc olympique, mais, après les Jeux, sur toute la skyline londonienne.

Et ailleurs à Londres...

Depuis les excentricités de deux enfants terribles de l’architecture britannique, Richard Rogers (Lloyd’s Building) et Norman Foster (Gherkin Building), Londres était restée bien sage en matière d’architecture contemporaine. Intégrés dans une logique de rééquilibrage vers l’est de la capitale, après des années passées à favoriser un ouest plus bourgeois, les travaux des jeux Olympiques auront donné un coup de fouet à plusieurs quartiers de la ville. Si toute la zone de Stratford, qui accueille le site olympique, aura été métamorphosée après être longtemps restée une friche industrielle, d’autres secteurs auront aussi connu un renouveau grâce à l’événement, comme celui de Saint-Pancras, autour de la gare internationale, ou celui des Docklands. La tour Piano et le pavillon d’Ai Weiwei Mais le centre de Londres devra aussi compter avec un nouveau monument, la plus haute tour jamais construite dans la capitale britannique. Haute de trois cent dix mètres, cette flèche signée Renzo Piano sera totalement achevée en 2013. Son profil vient d’ores et déjà chahuter la skyline londonienne. The Shard-London Bridge Tower, comme elle est déjà baptisée, élevée dans le quartier de Southwark, sur la rive droite de la Tamise, face à la City, est un programme mixte associant bureaux, logements, hôtel et commerces, dont la construction a été en grande partie financée par l’émirat du Qatar. À ne pas manquer, également pour les amateurs d’architecture contemporaine : le traditionnel pavillon d’été de la Serpentine Gallery, érigé dans les jardins de Kensington. Après Peter Zumthor, le cru 2012 sera signé par l’artiste chinois Ai Weiwei, associé pour l’occasion aux architectes suisses Herzog et de Meuron. Pour cette douzième édition, ses auteurs ont souhaité adopter une démarche archéologique : onze colonnes évoquent ainsi les onze pavillons des éditions précédentes, dominées par une douzième colonne portant une plate-forme... destinée à observer ces fantômes du passé.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°647 du 1 juin 2012, avec le titre suivant : Architecture Londres en formes olympiques

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