Antonio Saura

La passion du papier

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 27 septembre 2007 - 352 mots

On ne dira jamais assez quel grand d’Espagne fut le peintre Antonio Saura (1930-1998). L’œuvre considérable qu’il a laissée compte parmi les plus importantes de la seconde moitié du xxe siècle. Sa force réside pour l’essentiel dans l’usage quasi exclusif du noir et blanc et la mise en jeu d’une iconographie qui n’a eu de cesse de proclamer une forme de liberté existentielle gagnée contre le franquisme. Les thèmes récurrents qui la marquent sont les dames, les curés, les têtes et les figures de chien, celles-ci empruntées à Goya, considéré par l’artiste comme le maître absolu.
En peintre complet, à l’égal de ses aînés et compatriotes Picasso et Miró, Saura – pour qui le papier était un idéal terrain de recherche et une vraie passion – a laissé une œuvre dessinée et imprimée de tout premier ordre. L’exposition que propose Catherine Putman, montée en collaboration avec la succession de l’artiste, rassemble un choix de 1956 à 1996 tout à fait représentatif de la diversité tant des sujets traités que des techniques employées. Non seulement Saura explora les ressources plastiques de la gravure, de la lithographie et de la sérigraphie, mais il multiplia l’usage des supports papiers et les techniques du collage, des superpositions, des pliures et des textures.
Antonio Saura n’a pas son pareil pour faire surgir une figure du bout de sa plume ou de son crayon dans une sorte de fièvre graphique que viennent contre­dire soudainement quelques larges coups de brosse tout aussi virulents. Il y va de jeux de lignes, d’entrelacs et de recouvrements matiéristes qui incarnent son sujet dans un contrepoint entre sa masse plastique et le fond blanc sur lequel l’artiste le révèle.
S’il lui arrive de charger ses images d’une débauche chromatique inattendue, l’écriture automatique se conjugue toujours chez lui avec un travail maîtrisé du geste, confé­rant à ses figures quelque chose d’une rare autorité. La force d’impact des images ainsi créées est telle qu’elle s’imprime de manière définitive au plus profond de notre mémoire.

« Antonio Saura, œuvres sur papier (1956-1996) », galerie Catherine Putman, 40, rue Quincampoix, Paris IVe, tél. 01 45 55 23 06, jusqu’au 10 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°595 du 1 octobre 2007, avec le titre suivant : Antonio Saura

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