Antimatière

Accélérateurs de particularités

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 31 juillet 2007

Transformation de l’essai pour l’équipe de Marc-Olivier Wahler avec le cycle « Nouvelles du monde renversé », six monographies hétérogènes programmées sous le sceau de l’antimatière.

Après le succès public et critique de « 5 milliards d’années », exposition inaugurale de l’ère Marc-Olivier Wahler, transfuge du Swiss Institute de New York, à la direction du Palais de Tokyo (lire L’œil n° 583), on attendait beaucoup de la suite. Les « Nouvelles du monde renversé » que nous livre le très médiatique « boss » réussissent à relever le défi d’un premier galop d’essai flamboyant, sans répétition.

Sciences parallèles
Cette fois-ci, le principe est strictement monographique. Sept portraits d’artistes aux pratiques très différentes sont réunis dans l’espace, en alternance. Michel Blazy et Peter Coffin forment la colonne vertébrale de référence de l’ouverture jusqu’au 6 mai. Entre-temps, les univers azimutés de Daniel Dewar et Grégory Gicquel, catapultés depuis quelques temps nouveaux espoirs de la scène française, et l’ambiance ténébreuse de David Noonan, pas encore connu de ce côté de la Manche, auront succédé, dans les alcôves, aux tableaux de Joe Coleman et aux espaces glaçants de Tatiana Trouvé.
Cette salve de monographie est marquée d’un M majuscule frappé d’une barre horizontale en son faîte. Il s’agit du sceau de l’antimatière, la façon dont les mathématiciens désignent les particules d’antimatière.
Une fois cerné le principe physique, l’équation du Palais de Tokyo devient claire. Si quelques grammes d’antimatière venaient à entrer en contact avec la même quantité de matière simple, l’annulation créerait une explosion aussi puissante que celle engendrée par la fission du plutonium ou la combustion de tonnes de charbon. Constituée d’antiélectrons, d’antiprotons, d’antiatomes, d’antimolécules, d’antiparticules, cette antimatière laisse supposer un antimonde. Mais notre monde ne devra jamais le rencontrer au risque d’une catastrophe fatale.
Les artistes des « Nouvelles du monde renversé » n’hésitent pas, quant à eux, à flirter avec les limites de leur discipline et de leur pratique. Au spectateur de s’y frotter, de faire exploser sa manière de voir, de se faire bousculer par l’univers underground de Joe Coleman ou la double contrainte (Double Bind) instaurée par les mondes fantomatiques en réduction de Tatiana Trouvé.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°590 du 1 avril 2007, avec le titre suivant : Antimatière

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