Ant Farm, agitateurs professionnels

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 4 décembre 2007

En dix années, les membres du groupuscule de San Francisco, Ant Farm, ont enflammé les conceptions classiques de l’architecture, réalisé des œuvres sculpturales et des vidéos mémorables, bouleversant durablement la conception de l’engagement artis­tique.
Doug Michels et Chip Lord, rejoints par Curtis Schreier et Hudson Marquez se sont emparés des structures gonflables alors en vogue chez d’autres studios architecturaux libertaires. Ils sont ainsi intervenus sur des campus universitaires entre 1970 et 1971 afin d’instiller leur esprit critique, parodique et utopique dans les grands débats sociétaux comme ceux de l’écologie.
L’exposition exceptionnelle du Frac Centre est la première aussi extensive en France et a produit l’édition d’une monographie, inédite en français, aux contributions de tout premier ordre. La scénographie, faite de maquettes inédites, de documents d’archives, de films et de dessins, a même été confiée à deux des membres d’Ant Farm, Lord et Schreier, c’est donc un événement. On y découvre la Maison du siècle, structure biomorphique blanche hallucinante construite au Texas (1971-1973), et surtout l’icône qui n’a échappé à personne, Cadillac Ranch (1974). Allègrement pillée par les publicitaires (Renault il y a quelques années), la sculpture publique installée le long de la mythique route 66 à Amarillo déploie ses dix Cadillac, le nez planté à l’oblique dans le sol. En pleine crise pétrolière, le groupe croisait ainsi, avec ironie et brutalité, leurs interrogations sur l’impérialisme automobile et les questions d’environnement.
Et au­jourd’hui, alors que le monde contemporain traverse une nouvelle crise énergétique, que les États-Unis restent toujours le premier pays « consommateur » de voitures, l’œuvre n’a rien perdu de sa verve. D’ailleurs, elle reçoit annuellement environ deux cent quatre-vingt mille visiteurs. Il ne reste plus désormais qu’à découvrir en France, la partie immergée de cet iceberg révolutionnaire qu’était Ant Farm, la ferveur et l’acuité sont restées intactes.

« Ant Farm Redux », Frac Centre, 12, rue de la Tour-Neuve, Orléans (45), tél. 02 38 62 52 00, www.frac-centre.asso.fr, jusqu’au 23 décembre 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°597 du 1 décembre 2007, avec le titre suivant : Ant Farm, agitateurs professionnels

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque