Art contemporain

Ann Veronica Janssens installe le trouble

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 26 avril 2017 - 457 mots

L’artiste belge déploie à Villeurbanne
son infinie capacité d’expérimentation
de la lumière et des phénomènes perceptifs.

VILLEURBANNE - Il n’y voit goutte et avance à tâtons le visiteur, perdu qu’il est dans un Brouillard blanc, dense et aveuglant à la fois, qui lui fait perdre tout sens de l’espace, en même temps que par sa consistance il tend à donner une curieuse matérialité à la lumière. Réactivation d’une œuvre de 1997, cette installation s’impose comme le pivot de la vaste exposition consacrée par l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne à Ann Veronica Janssens.

Un pivot, car elle synthétise à merveille les recherches de longue date menées par l’artiste belge sur la lumière, sur son potentiel en tant que matière – ici donner une consistance à la blancheur –, mais aussi sur son rôle tant dans la définition que dans la perception des espaces. À moins qu’il ne s’agisse en fait d’indéfinition, tant cette œuvre conduit à une dilatation de la structure environnante. Autant de pistes explorées dans un parcours qui éclaire la diversité des formes de l’artiste et surtout sa constante capacité à déjouer les attendus et les réflexes.

Probablement cette capacité découle-t-elle d’un potentiel de recherche, qui semble pouvoir être sans fin et se trouve matérialisé dans une installation évolutive intitulée Cabinet en croissance, plusieurs fois revisitée depuis 1991. Le spectateur y trouve des objets de curiosité assurément hétéroclites : quelques échantillons de matières, un bassin empli de silicone, un luminaire dont l’éclairage semble figurer une éclipse, éclipse qui est observée dans une vidéo non loin de là et beaucoup encore…

Justement, la capacité d’Ann Veronica Janssens de remettre en jeu son vocabulaire en même temps que nos capacités de perception est fascinante ; comme avec ces aquariums où une superposition d’eau et d’huile de paraffine donne l’illusion qu’un fond coloré flotte à la surface, ou que sur des Magic Mirrors brisés se reflète un réel à la colorimétrie perturbée et vibrante, en un mot instable.

Or, là encore, pointe l’idée d’indéfinition, dans le sens d’une perturbation liée à une incapacité à saisir exactement ce dont il retourne. « Ce qui m’intéresse, ce sont les échappées, ouvrir les formes et les limites précises », affirme l’artiste.

C’est précisément ce qui se produit dans toutes ces œuvres, où les contours sont brouillés, que ce soit par leur nature vaporeuse – brouillards, paillettes, spectres lumineux, etc. – ou par les savants jeux de reflets ou les pertes de limites induits.

Et l’on repense là à des travaux qui, en début de parcours, avaient paru anecdotiques et finalement ne le sont pas : de courtes vidéos figurant l’expulsion de sprays. Où comment, d’un geste anodin, traiter de la circulation de particules, d’ondes et de lumière, de leur qualité, leur gravité et leur insertion dans l’espace : voilà qui est troublant !

ANN VERONICA JANSSENS. MARS
Jusqu’au 7 mai, Institut d’art contemporain, 11, rue du Docteur Dolard, 69100 Villeurbanne.

Légende Photo
Ann Veronica Janssens, vue de l'exposition. Trois Magic mirror (2012, 2013 et 2014) et White Glitter (2016). © Photo : Blaise Adilon.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°478 du 28 avril 2017, avec le titre suivant : Ann Veronica Janssens installe le trouble

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