Mercredi 21 février 2018

André Derain l’atelier de dessin

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 28 janvier 2008

Située en bord de mer, au sud-est de Perpignan, la commune de Saint-Cyprien a bien raison de se vanter d’avoir « des plages de sable fin ensoleillées » et d’offrir au touriste « le meilleur de la vie méditerranéenne ». Il n’en reste pas moins que par la grâce d’un généreux donateur, l’artiste François Desnoyer (1894-1972), elle possède aussi des collections. Réunis sous le label de « Collections de Saint-Cyprien », les deux musées que dirige Sébastien Planas développent une programmation mêlant judicieusement art moderne et art contemporain.
Incluse dans un cycle de manifestations consacrées au dessin sous l’intitulé générique de « Pas un jour sans une ligne », l’exposition « L’atelier d’André Derain » rassemble pas moins de 80 dessins de l’artiste. Issus de la collection de la famille Maeght qui les avait rachetés à la mort de l’artiste, ceux-ci comptent toutes sortes d’études de figures – souvent des nus – qui révèlent l’étendue de la pratique du dessin par Derain.
Mine de plomb, fusain, sanguine, gouache, etc., l’artiste expérimente toutes les techniques possibles s’appliquant à « fixer un peu l’apparence des choses, l’apparence merveilleuse, attrayante et inconnue de tout ce qui l’entourait », comme l’avait noté Giacometti à son endroit.
L’exposition de Saint-Cyprien, malgré un début plongé dans une obscurité scénographique ostentatoire, vaut surtout pour le parcours dans l’œuvre qu’elle propose. Tour à tour fauve, cubiste, réaliste puis archaïque, sinon classique, André Derain est un artiste déroutant par cette façon qu’il a eue de changer régulièrement de style.
À parcourir son œuvre graphique, on comprend mieux le sens de sa quête, car le dessin a cela pour lui d’être en amont de toute considération esthétique. Il est par nature l’expression la plus intime du créateur. « L’homme qui aime la forme pour la forme simplement est limité et perdu », disait Derain, mais celui « qui tire des formes leur élément éternel devient par cela même, éternel ». Par le dessin, André Derain a gagné sa propre éternité.

Voir « Pas un jour sans une ligne – L’atelier d’André Derain », collections de Saint-Cyprien, pl. de la République, Saint-Cyprien (66), tél. 04 68 21 06 96, jusqu’au 16 mars 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°599 du 1 février 2008, avec le titre suivant : André Derain l’atelier de dessin

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