Alexia Fabre : un musée pour l’art et les gens

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 novembre 2005

Conservatrice du MAC/VAL depuis 1998, Alexia Fabre décrit les étapes de création du musée et explique son projet.

L’ouverture d’un musée d’art contemporain dans une ville de banlieue parisienne est un événement inédit. Pouvez-vous nous en préciser l’origine ?
Le projet est né en 1982 dans le cadre des lois de décentralisation, qui octroyaient de nouvelles compétences culturelles aux départements. C’est dans ce contexte que le Conseil général du Val-de-Marne [à majorité communiste] a décidé de soutenir la création contemporaine, au sens large. Il s’agissait de défendre les artistes en insistant sur la nécessité de se confronter au regard qu’ils portent sur le monde. En matière d’arts plastiques, le Conseil général a souhaité constituer un Fonds départemental d’art contemporain (FDAC). Il a fait appel aux conseils du critique d’art Raoul-Jean Moulin [ancien collaborateur de L’Humanité], qui a acheté des œuvres, essentiellement à des artistes qu’il connaissait ou qui vivaient dans le département. Raoul-Jean a fait preuve d’une grande honnêteté intellectuelle et a constitué cette collection en tant que critique. Il ne s’agit donc pas d’une collection d’art communiste. Certains artistes emblématiques, comme André Fougeron (1913-1998), n’y sont d’ailleurs pas représentés.

D’un fonds départemental, le projet a engendré un musée. Dans quel contexte cela s’est-il passé ?
Le glissement s’est opéré dans les années 1990, alors que le département souhaitait créer un outil qui permettrait de susciter une rencontre entre la collection et le public. La réflexion a été menée sur le choix de la création d’un musée, puis de son implantation. Vitry-sur-Seine a été retenue par sympathie politique mais aussi du fait de la présence de terrains disponibles. Cette volonté de construire un bâtiment peut aujourd’hui paraître surprenante, dans un département où l’on trouve de très nombreuses friches industrielles, mais à l’époque, il n’y avait pas encore cette conscience de l’inévitable déclin du tissu industriel du territoire. Après la mise sur pied d’un programme, un concours d’architecture a été lancé en 1991. La désignation de l’atelier d’architecture Ripault-Duhart est intervenue en 1998.

Pourquoi cela a-t-il été si long ? Le projet a-t-il connu des atermoiements ?
Le projet d’origine présentait le musée comme un lieu trop fermé, avec une idée sous-jacente de sacralisation de l’art. Lorsque je suis arrivée en 1998, j’ai travaillé avec la direction des Musées de France à l’élaboration d’un projet scientifique et culturel. Plusieurs questions se sont posées : pourquoi et pour qui faire un musée ? Comment trouver une singularité par rapport à ce qui existait déjà de manière très proche, géographiquement ? Comment réconcilier le projet politique d’origine avec l’ambition de rayonnement du musée ? Nous avons donc choisi de travailler sur la scène artistique en France, des années 1950 à aujourd’hui, qui était jusque-là très peu montrée. Il a donc fallu compléter la collection, en achetant des œuvres récentes et en multipliant les médias, la collection d’origine étant axée sur la peinture. Nous avons aussi décidé de prendre en compte la dimension d’accompagnement et de pédagogie. En 1999, l’État a enfin réaffirmé son engagement, et nous avons demandé un complément de programme. Les travaux ont commencé en février 2003.

Comment relever ce défi de l’implantation en banlieue ? N’y a-t-il pas un risque de se couper à la fois du public local, peu habitué à ce type d’équipement, et du public parisien ou touristique ?
C’est en effet un vrai défi, un projet politique utopiste et humaniste, qui se propose de défendre la place de l’artiste dans la société. Avec un choix d’œuvres qui parlent du monde, notre premier accrochage reprend d’ailleurs cette idée. Il s’agit de réunir l’art et la vie, l’art et les gens. C’est ce qui m’intéresse dans l’art : trouver des points de reconnaissance, de sympathie entre les artistes et les gens. Il faut donc relever ce défi en y croyant !

Une invitation à la promenade

Jeux de transparence, flots de lumière naturelle, parcours fluide : pour sa première réalisation muséale, l’architecte Jacques Ripault a su livrer un écrin de qualité. Construit sur un terrain en pointe, entre deux axes de circulation, cerné d’immeubles de grande hauteur, le musée arbore, dans cet environnement plutôt austère, le parti de la discrétion et de la modestie. Il est aussi très fonctionnaliste. Fédérés par un sas d’entrée vitré – zone tampon entre le vacarme urbain et le calme du grand jardin public occupant l’arrière du terrain –, deux sobres volumes de béton indiquent clairement une partition des fonctions. Le premier, étiré et opaque, mais couvert de sheds qui distribuent généreusement la lumière zénithale, abrite les 4 000 m2 de salles d’exposition. Le second, plus élevé et largement percé, renferme les espaces complémentaires : restaurant, cinéma, salle de documentation, résidences pour artistes, bureaux... À l’intérieur, le parcours est conçu comme une promenade architecturale, dans la droite ligne de la pensée de Le Corbusier. Des points de vue sont ainsi ménagés sur le bâtiment, faisant de l’architecture un autre élément de contemplation.

Le musée

MAC/VAL, musée d’Art contemporain du Val-de-Marne est inauguré le 17 novembre. Il sera ouvert tous les jours sauf le lundi, de 12 h à 19 h, nocturne le jeudi jusqu’à 21 h. Tarifs : 4 et 2 euros. Entrée gratuite du 18 au 20 novembre. VITRY-SUR-SEINE (94), place de la Libération, tél. 01 43 91 64 20. Un nouveau musée ne saurait s’ouvrir sans une librairie d’art. Le MAC/VAL innove en confiant la concession de cet espace de 350 m2, non pas à la RMN, l’opérateur traditionnel des musées, mais à Bookstorming déjà exploitant dans d’autres sites. Nos lecteurs y trouveront L’Œil et Le Journal des Arts.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°574 du 1 novembre 2005, avec le titre suivant : Alexia Fabre : un musée pour l’art et les gens

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