Lundi 10 décembre 2018

Alberto Giacometti

Artiste de figures

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 janvier 2006 - 692 mots

Ce n’est qu’après la guerre qu’Alberto Giacometti crée ses figures humaines longilignes si caractéristiques. Entre bohème parisienne et racines terriennes, voici la vie d’un immense artiste.

Très attaché à la terre qui l’a vu naître en 1901, à Borgonovo, dans le canton des Grisons en Suisse, Alberto Giacometti y repose depuis sa mort en 1966. Toutefois, c’est dans le bourg voisin de Stampa où son père, le peintre Giovanni Giacometti, avait trouvé à installer son atelier qu’Alberto passa toute son enfance. Alberto n’a pas 10 ans quand il se met à peindre et à dessiner, exécutant sa
première sculpture en 1914, un buste de son frère Diego.
Inscrit en 1919 à l’école d’art de Genève, puis à celle des Arts et Métiers, il fait avec son père un premier voyage en Italie, à Venise et à Padoue où les Giotto le bouleverse, puis il va seul à Florence, Assise et Rome où il s’enthousiasme pour l’art baroque de Borromini. De retour à Stampa, l’été 1921, éprouvant des difficultés à travailler d’après nature un buste de sa cousine, il multiplie portraits peints et dessinés.
À partir de 1922, Alberto Giacometti s’installe à Paris et s’inscrit à l’atelier de Bourdelle à la Grande Chaumière. Il mène tout d’abord une vie solitaire, visitant régulièrement le Louvre où il passe des heures devant Tintoret, Mantegna et Cimabue. Tandis que son frère Diego le rejoint en 1925, Giacometti fréquente peu à peu le milieu de l’art parisien.
Invité au Salon des Tuileries, il y présente notamment son Torse et, deux ans plus tard, sa Femme Cuillère. En 1928, Jeanne Bucher expose deux de ses sculptures plates, Tête et un Personnage, que ne manquent pas de remarquer les surréalistes. Giacometti rencontre alors Michel Leiris qui, en 1929, publie dans Documents le premier texte important sur son travail.

Le surréalisme est une impasse
Pleinement actif au sein du groupe surréaliste, Giacometti participe à différentes expositions. Toutefois, si Dalí célèbre sa Boule suspendue (1931), et s’il réalise par la suite sa Table surréaliste puis Le Cube (1933-1934), ce ne sont là pour lui que des objets. Très vite, Giacometti prend conscience que ce n’est pas là sa voie.
En 1935, expulsé du surréalisme pour vouloir revenir au portrait, il entre alors dans une période de doute et de solitude. Cessant d’explorer ses œuvres récentes, il travaille d’arrache-pied et d’après modèle pour réaliser de minuscules sculptures implantées sur des socles surdimensionnés. Renversé par une voiture en 1938, il est très choqué par cet accident et en garde une légère claudication. La guerre survenue, Giacometti se retire à Genève. Il y vit dans une petite chambre d’hôtel et y rencontre celle qui deviendra son épouse et son modèle préféré, Annette Arm.
De retour à Paris en 1945, il retrouve son atelier, conservé intact grâce à Diego. Il dessine avec frénésie, ce qui le conduit très vite à réaliser de grandes figures qui « lui paraissent d’une ressemblance acceptable que quand elles sont longues et minces » (James Lord, L’Œil n° 1, 1955).

Le succès arrive enfin
Des problèmes particuliers de la sculpture deviennent aussi impérieux que ceux de la peinture et, en 1948, il expose à nouveau ses travaux récents chez Pierre Matisse à New York. Il y présente pour la première fois une Grande Figure (1947), inaugurant deux cycles essentiels qui le font entrer dans l’histoire.
Son talent reconnu, expositions et rétrospectives se succèdent dès lors à travers le monde. Toutefois, il aura attendu la cinquantaine pour entrer dans une collection publique suisse et faire sa première grande exposition parisienne à la galerie Maeght. Giacometti n’a jamais été un homme pressé. Si les années 1950-1960 sont celles de la maturité et d’une notoriété internationale que sanctionne le grand prix de sculpture à la Biennale de Venise de 1962, il poursuit inlassablement sa tâche.
Giacometti sculpte, peint, dessine sans répit, travaillant volontiers la nuit. Annette et Diego sont ses modèles privilégiés. Il se concentre surtout sur la tête, « la tête, ce sans quoi le corps ne serait rien », comme il aimait à dire. Mais miné par une santé trop longtemps négligée et par un cancer, Giacometti termine l’année 1965 à l’hôpital. Il meurt le 11 janvier 1966.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°576 du 1 janvier 2006, avec le titre suivant : Alberto Giacometti

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