Agnès Thurnauer

Mauvais genre

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 20 décembre 2007

Avant que le procédé ne fasse office de programme ou de copyright de l’artiste décliné et déclinable à l’infini, l’idée était venue à Agnès Thurnauer de jouer avec le genre de l’art. Ou plutôt de nous rappeler le genre monolithique de l’art.
Lors de la Biennale de Lyon 2005, des petits badges colorés barrés de noms d’artistes étaient distribués aux visiteurs. À y regarder de plus près, les héros de l’histoire de l’art qui y étaient promus s’y faisaient héroïnes. Joséphine Beuys, Annie Warhol, Miss Van der Rohe, ­Francine Picabia, Michèle Ange, Romane Opalka, les badges mettaient en circulation un inventaire fictif et ludique, une histoire de l’art parallèle féminisée. Au passage, ils restituaient un prénom, fût-il féminin.
Le signe voyageant de vestes en sacs en profitait alors pour constater gentiment la phallocratie de l’histoire tout en permettant aux porteurs d’afficher leurs tuteurs fétiches et de reconnaître ceux du voisin, plus ou moins (Jacqueline) Pollock, (Nicole) Poussin ou (Henriette) Matisse.
Un procédé politiquement correct et efficace. Pas seulement, se défend l’artiste, qui y voit une manière de donner forme à un constat et à une question : Où sont les femmes ? Qu’en fait l’histoire ? Quel rapport les œuvres et l’histoire peuvent-elles entretenir avec la signature ?
Depuis, la communauté parallèle d’artistes trouve forme peinte sur toile, en wall-drawings, en deux ou en trois dimensions, et devrait voir ses badges changer d’échelle et s’épingler en monumental pour l’exposition organisée au CCC de Tours. La monographie d’Agnès Thurnauer s’y annonce comme un prolongement de ses préoccupations de toujours : casser toute vision monolithique.
Image, espace, volume, forme du texte, textualité de la surface picturale, tout travaille ensemble, rappelle l’artiste, soucieuse d’hybrider les représentations et de contrarier toute option monolithique. En attendant, les transpositions de genre ont évidemment trouvé un terrain d’entente avec la couverture de l’ouvrage d’Élisabeth Lebovici et ­Catherine ­Gonnard, Artistes femmes, femmes artistes (Hazan). Puisque, comme nous le dit justement miss Lebovici, avec Agnès ­Thurnauer, le « e » n’est plus muet.

« Agnès Thurnauer, Francine ­Picabia », CCC, 53, rue Marcel-Tribut, Tours (37), tél. 02 47 66 50 00, jusqu’au 24 février 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°598 du 1 janvier 2008, avec le titre suivant : Agnès Thurnauer

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