Les Sables-d’Olonne (85)

Abstraits ou figuratifs, telle n’est pas la question

Musée de l’Abbaye Sainte-Croix jusqu’au 29 mai 2016

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 19 avril 2016

« Passages, vers une abstraction habitée » veut mettre à mal l’antienne selon laquelle la peinture abstraite serait le résultat d’un processus plus ou moins lent de radicalité qui irait de la figuration vers l’abstraction, sans possibilité de retour.

Ainsi l’exposition s’intéresse-t-elle à quatre peintres, nés entre 1938 et 1943, qui semblent tous être revenus au réel après une période abstraite : Vincent Bioulès, Louis Cane, Christian Jaccard et Pierre Buraglio. Si les deux premiers ont participé à l’aventure Supports/Surfaces en 1970 – à laquelle Bioulès a donné son appellation –, les deux derniers s’en sont tenus éloignés, adoptant parfois même des postures critiques. Néanmoins, ces quatre artistes ont en commun d’avoir vécu, dans les années 1970, l’apothéose des avant-gardes en France et le déferlement en Europe de la peinture abstraite américaine portée par Greenberg, et de pouvoir en témoigner aujourd’hui. Quatre anciens peintres abstraits d’avant-garde donc, que l’on juge désormais à l’aune de leur… repentance. Sauf que, nous dit  Amélie Adamo, commissaire de l’exposition sablaise, l’histoire n’est pas si simple que cela. Loin de toute théorie darwinienne de la peinture, Bioulès, Cane, Jaccard et Buraglio n’ont pas cessé de faire l’aller-retour entre la figuration et l’abstraction. Mieux, l’une a souvent nourri l’autre, et inversement. Ainsi, quand il peint les ailes de l’ange de La Nativité en 1980, Cane se souvient de son tableau géométrique abstrait Idomeneo réalisé un an auparavant. Ce sont les mêmes pinceaux, gorgés des mêmes couleurs, qui passent d’une œuvre à l’autre, comme dans la série des Ménines de Vélasquez, tantôt d’inspirations picassiennes (Ménines accroupies, 1982), tantôt dans une gestuelle proche de Mathieu (La Bataille des Ménines, 1984). Buraglio aussi aime les références aux anciens, à l’instar de ses hommages à Cézanne ou à Matisse, et de ses séries « d’après ». La Sainte-victoire de Z (1986) n’a de figuratif que le titre, quand Marine (1989), assemblage de panneaux de bois et de métal dans un cadre, est aussi figurative que Sol/Mur de Cane, référence implicite à la mer et au ciel. De son côté, Bioulès ne fait pas plus de cas de l’antagonisme abstrait/figuratif : sa Fenêtre à Laubert (1972) n’est que la version « dézoomée » de Peinture (1974-1975). Là encore, on retrouve les pinceaux et les couleurs qui furent utilisés dès 1971 dans la programmatique Peinture, toile abstraite où seul le plaisir de peindre, finalement, compte.

« Passages, vers une abstraction habitée »

Musée de l’abbaye Sainte-Croix, rue de Verdun, Les Sables-d’Olonne (85), www.lemasc.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°690 du 1 mai 2016, avec le titre suivant : Abstraits ou figuratifs, telle n’est pas la question

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