17 avr. - 17 aoû. 2009

Paris Musée Maillol - Fondation Dina Vierny

George Condo

Mi-gueules cassées, mi-rongeurs, ces pieds nickelés, prénommés Oncle Joe, Rodrigo ou Jean-Louis, cohabitent avec des vanités, des natures mortes, des nus grand-guignolesques, bref avec « toute une collection de choses » grotesques qui nécessite, à l’entrée, l’avertissement suivant : « Nous signalons aux adultes accompagnés d’enfants que l’exposition présente certaines œuvres à caractère érotique ».

Sur deux étages, la mise en espace des œuvres est impeccable et l’aide à la visite (fiche gratuite, panneau pédagogique clair) est de qualité mais, soyons francs, au sein de l’expo, on croise tout aussi bien des visiteurs séduits par les « farces picturales » de cet iconoclaste (j’entends encore l’un d’eux s’exclamant - « on dirait une succession d’opérations chirurgicales qui auraient mal tourné ! ») que des spectateurs perplexes, et parfois gênés ; ce « vomi » pictural (l’artiste semble « cracher » sa mémoire visuelle sur la toile) cherche à jouer avec la culture du spectateur mais, si l’on n’entre pas dans ce jeu de massacre, on risque fort d’y être insensible.

Perso, j’adore, mais je comprends tout à fait que cette « peinture paranoïde », voire schizo, puisse perturber. A l’instar de l’ogre Picasso, orfèvre dans ce genre d’exercice mixant hommage au passé et verve pétaradante, chez Condo, on ne sait jamais trop sur quel pied danser : des tableautins côtoient des toiles au calibre respectable issues de compositions classiques pendant que le cubisme, lui, se laisse visiter, voire contaminer, par des greffes incongrues sorties tout droit de la période « vache » de Magritte, de cartoons et d’un Pop art trash.

Néanmoins, attention, il ne s’agit pas d’un énième « à la manière de » mais davantage d’un cannibale qui, excellant dans le pastiche, habite l’Histoire de l’art, digérant et régurgitant ad nauseam du Bacon tel un musicien free jazz qui s’approprierait un standard, le tour de force de ce peintre-trublion étant d’engendrer un langage pictural singulier : il y a bien un style Condo, et une virtuosité, via notamment une touche de pinceau désinvolte, digne d’un Maestro. Enfin, ici, l’humour Condo, cultivant comme sa peinture masquée les grands écarts (entre l’auguste et le clown blanc), est bel et bien au rendez-vous - ne manquez pas d’ailleurs au sous-sol du musée la projection du film Condo Painting (2000), vous y verrez notamment un Condo grimé poursuivre un drôle de coco dans un décor de série Z, et c’est absolument poilant !

Informations pratiques
MUSÉE MAILLOL - FONDATION DINA VIERNY

61, rue de Grenelle
75007 Paris
France

Contact
+33 (0)1 42 22 59 58

www.museemaillol.com
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