16 oct. - 10 jan. 09-10

Paris Musée d'art moderne de Paris - MAM

Deadline

Chacun réagissant à sa façon, le parcours proposé consacre à chaque plasticien un espace distinct afin qu’on puisse bien se rendre compte du caractère personnel des démarches. Ainsi, en avançant au cas par cas tout en créant un jeu de correspondances infini, la scénographie, d’une exquise sensibilité, évite toute mise en scène dramatisante visant à instrumentaliser les artistes en vue de servir un discours volontariste et réducteur : rien de tout cela ici, on ne tombe jamais dans le pathos ou dans le romantisme noir à la petite semaine. Chaque liberté de penser et de créer est, comme il se doit, servie sur un plateau. Pour certains créateurs, il s’agit de mettre en scène sa propre mort, tout en se référant à l’Histoire de l’art (l’Egypte ancienne), c’est le cas de James Lee Byars dont l’installation de diamants et de feuilles d’or The Death (1993) est d’une beauté mortuaire à couper le souffle - le silence est d’or.

Pour d’autres (Absalon et Chen Zhen), il s’agit d’éprouver les limites de son corps malade et d’ausculter, cliniquement, les moyens de la médecine mis en branle. Pour la plupart, c’est l’occasion de donner à leur art un tournant inattendu, pouvant déboucher sur une sérénité visionnaire ou testamentaire : Hartung et Mitchell réalisent, avec leurs champs explosifs de couleurs festives, des œuvres ultimes retrouvant la fraîcheur de l’enfance de l’art, on pense alors à la figuration libre du dernier Picasso ; Gilles Aillaud, de son côté, quitte l’hyperréalisme de ses animaux en cage pour tendre vers l’impressionnisme d’oiseaux perdus dans l’immensité du bleu azur. Goût de l’épure, dépassement de soi, urgence de l’œuvre à achever, tous ces artistes, alors que leur existence est la chronique d’une mort annoncée, expriment leur amour de l’art et de la vie. En résumé, cette expo thématique est une totale réussite : le choix des douze artistes sélectionnés a la force de l’évidence, l’accrochage, en douze séquences parfaitement distribuées, coule de source et la pédagogie (fiche gratuite, documentaires diffusés, très bon catalogue) est impeccable.

Franchement, cette expo marque des points sur tous les plans. Elle est esthétiquement superbe et, humainement, fort enrichissante : il y règne une plénitude propice à rendre palpable l’Admirable tremblement du temps (Picon). Deadline, ou date limite, est une expo qui porte magnifiquement son nom : à n’en pas douter, elle fera date.

Légende photo : James Lee Byars - The Death (1993)

Voir la vidéo de présentation de l'exposition sur DailyMotion
Informations pratiques
MUSÉE D'ART MODERNE DE PARIS - MAM

11, avenue du Président Wilson
75116 Paris
France

Contact
+33 (0)1 53 67 40 00

www.mam.paris.fr
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