Mercredi 21 février 2018

28 mar. - 22 juin. 2008

Paris Fondation Cartier pour l'art contemporain

Patti Smith

A l’entrée, on peut lire ceci: «Parfois, lorsque j’aspire au silence, je prends mon Land 250. Réaliser des polaroids est alors une expérience qui me relie à l’instant présent. » Voilà, le mot est dit, je crois que c’est en tant qu’expérience qu’il faut vivre l’expo. «Parce que la nuit appartient aux amoureux », les pièces sont plongées dans la pénombre et ne sont souvent éclairées que par la lumière qui provient de films diffusés sur les murs. Le tout fait penser à un cabinet de curiosités.

Il n’y a pas de sens de visite, on se promène de manière aléatoire, croisant ici et là des vitrines d’objets - dont un t-shirt estampillé Rimbaud! -, des polaroids de Smith, des photos de Mapplethorpe (racées, élégantes), ou encore un film, Summer Cannibals (1996), réalisé par Robert Frank - deux êtres chers à notre chanteuse punk-rock. Dans la relation flottante entre écrits et images, on pense parfois à Sophie Calle. Au centre, il y a un salon reconstitué, appelé Chez moi, avec des tapis old school et des fauteuils club où il fait bon s’asseoir et rêvasser. Ce Home Sweet Home nous fait sentir qu’on est entre de bonnes mains, sous le regard bienveillant d’une poétesse à la sensibilité exquise.

Pour autant, plastiquement, tout n’est pas renversant. Ses polaroids, certes, ont le charme de l’instantané mais ont, selon moi, une valeur plus documentaire, voire sentimentale, qu’artistique. Son fétichisme à l’égard de Rimbaud est attachant mais un peu lassant, et deux de ses installations dans la salle La Mer de Corail, à la mémoire de Robert, me laissent quelque peu sur ma faim, celle où l’on peut contempler à loisir la mer ne marche pas vraiment (j’aurais souhaité un plus grand travail sonore) et celle réunissant un tissu blanc, un calice, les chaussons de Benoît XV et une reproduction façon Warhol de La Cène est très plan-plan.

Heureusement, la salle René Daumal, avec son côté proliférant, est très intéressante : des murs recouverts de graffitis - les visiteurs sont invités à y écrire leurs pensées - abritent, entre autres, un lit de prison. Dès le 21 mai, date anniversaire de la mort de Daumal, les murs seront couverts de gaze blanche et l’entrée sera ornée d’un bandeau de deuil noir. Cette pièce-là donne envie de s’arrêter, de penser, de dessiner, d’être créatif et je crois que j’aurais aimé que tout l’espace de l’expo soit dans cet esprit nomade-là, celui d’un chantier en cours, d’un laboratoire appartenant à tout le monde, aux vivants comme aux morts qu’on célèbre ad libitum.

Informations pratiques
FONDATION CARTIER POUR L'ART CONTEMPORAIN

261, boulevard Raspail
75014Paris
France

Contact
+33 (0)1 42 18 56 50

www.fondation.cartier.fr
Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque