08 oct. - 01 fév. 08-09

Paris Musée d'Orsay

Le mystère et l'éclat - Pastels du Musée d'Orsay

A dire vrai, au départ, je m’attendais, au vu de la fragilité du médium pastel (douce poudre colorée craignant plus que tout la lumière), à des salles plongées dans une obscurité toute austère, eh bien non, pas du tout ! Bien sûr, ici, la lumière du jour filtre à peine à travers les voilages moirés des fenêtres d’Orsay mais une lumière électrique zénithale, couplée à des cimaises aux teintes vaporeuses (vert d’eau, gris-beige, lilas, bleu nuit), crée une ambiance veloutée idéale pour révéler les qualités bien connues du pastel : souplesse et variété dans la facture (hachures fines ou écrasées, dégradés et atmosphères floues). Dans un espace de circulation propice aux dialogues savoureux entre les œuvres, on se laisse guider avec plaisir car on n’a jamais l’impression d’être pris en otage par un discours de spécialistes qui imposerait une lecture trop réductrice des œuvres.

Le séquençage chronologique, constitué des principaux courants artistiques de la seconde moitié du XIXe siècle, et le parcours thématique (belles alanguies, paysages, etc.) nous invitent à parcourir une histoire du pastel absolument passionnante. Grâce aux œuvres « tactiles », feuilles voluptueuses à voir de près !, et aux nombreux supports d’aide à la visite (plaquette gratuite et panneaux explicatifs), on apprend, qu’après avoir connu un vif succès au XVIIIe, le pastel fut délaissé par un néoclassicisme sévère avant de revenir en force autour de 1840, via la sensibilité à fleur de peau des romantiques et les premiers réalistes (Millet, Puvis de Chavannes...).

Puis, les impressionnistes et les symbolistes leur ont emboîté le pas afin d’explorer ad libitum les riches virtualités du pastel ; matière poudreuse devenant alors, selon Serge Lemoine, « un laboratoire essentiel de la modernité ». Bien sûr, ici, les grands pastellistes sont au rendez-vous : Manet, Degas, Boudin, Redon et autres Lévy-Dhurmer. Mais il y a aussi des noms moins évidents et des œuvres qui créent véritablement la surprise, je pense par exemple aux nocturnes, d’une lumière spectrale envoûtante, signés Jozsef Rippl-Ronai ou William Degouve de Nuncques. Enfin, cerise sur le gâteau, cette expo-fleuve n’oublie pas de souligner qu’au XXe siècle le pastel, du fait de sa rapidité d’exécution et de la vibration infinie de ses teintes pures, reste une technique très en faveur : on a ainsi le plaisir de croiser dans un parcours, décidément riche en rencontres inattendues, de beaux pastels contemporains de Jean-Michel Alberola et de Sam Szafran. Bref, concernant le pastel, cette expo est un must à ne surtout pas manquer, courez-y !

Légende photo : William Degouve de Nuncques (1867-1935) - Nocturne au Parc Royal de Bruxelles (1897) - Pastel H. 65 ; L. 50 cm - Paris, musée d'Orsay © RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Informations pratiques
MUSÉE D'ORSAY

1, rue de la Légion d'Honneur
75007 Paris
France

Contact
+33 (0)1 40 49 48 14

www.musee-orsay.fr
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