Samedi 19 septembre 2020

01 déc. - 19 jan. 07-08

Paris Galerie Air de Paris

Carsten Höller - Ombre double

La réponse est oui… d’autant plus que cet artiste joue sur le ratage possible ! Un exemple : en se promenant dans l’expo (Music Machine, 2003/2006), on croise un micro dans une salle vide. On est amené naturellement à le tester mais rien ne se passe. Tiens, encore une pièce d’art contemporain qui ne marche pas ? Que nenni, c’est fait exprès ! En fait, le micro ne réagit qu’à trois mots déclencheurs : Deux, Plus, Tout. Quand on prononce ces mots ou l’un d’eux, on entend tour à tour une agréable musique électro-acoustique, une musique plus stridente ou bien les deux pistes sonores en même temps. Dans son installation Double Shadow, Höller nous invite malicieusement à un jeu de pistes sonores et/ou visuelles. On est dans l’incertitude, le sens ne cessant d’être mouvant. Le fil rouge de l’expo serait cette ronde de personnages (Manège humain, 2007) qui est une ligne continue de photocopies courant le long des murs de la galerie, placées à hauteur d’oeil. Il s’agit d’une boucle et d’une mise en abyme faite d’ombres, de doubles, de filatures et de retour du même. Pour l’artiste, le double jaillit pour créer le doute sur ce qui apparaît unique. On a l’impression d’être dans une installation de laboratoire dans laquelle le spectateur devient sujet d’expérimentation. Mais ne vous inquiétez pas, il ne vous arrivera rien de dangereux ici, ce n’est point la Foire du Trône ! C’est bien plus subtil que de simplement susciter le doute au niveau superficiel des apparences. On s’interroge bientôt sur soi-même et sur sa position de voyeur quant aux flux de personnes et d’images (notamment de TV, cf. PHI-TV, 2007) nous entourant. Höller déconstruit notre vision, cherchant à brouiller les pistes pour mieux nous renvoyer à notre condition de regardeur plus ou moins piégé. Dans Manège humain, des détectives amenés à suivre d’autres détectives ne deviennent in fine que l’ombre d’eux-mêmes ou bien, dans Double Shadow Zollner Wall Paper (2007), des bandes diagonales de papier peint semblent convergentes ou divergentes alors qu’elles sont parallèles. Cette illusion d’optique provient des lignes horizontales qui les coupent. On se croirait presque chez Denise René ! Mais non, on est chez Air de Paris et le tout ne manque vraiment pas d’air ! Pour autant, tout cela a un petit air de déjà-vu. Ca fonctionne parce que la rhétorique de Carsten Höller, à la fois scientifique et artiste, est très au point mais de là à écrire, à propos de Double Shadow Zollner Wall Paper, que « l’effet est étourdissant » (in l’une des plaquettes de l’expo), il ne faut quand même pas exagérer. C’est intéressant, intelligemment conçu, mais ce n’est pas renversant non plus. Les passionnés d’expérimentation sensorielle seront ravis, les autres risquent de rester quelque peu sur leur faim.

Vincent Delaury
Informations pratiques
GALERIE AIR DE PARIS

32, rue Louise Weiss
Paris 75013
Ile-de-France
France

Contact
+33 (0)1 44 23 02 77

www.airdeparis.com
Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque