Samedi 16 novembre 2019

Enquête : le rapport qui classe l’affaire de l’oreille coupée

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 22 novembre 2017 - 329 mots

Intriguée par le décalage entre la célébrité de l’automutilation de Van Gogh et sa très faible couverture médiatique à l’époque ainsi que par de nombreuses incohérences, Bernadette Murphy a décidé de rouvrir cette affaire classée.

Notre détective amateur voulait comprendre « ce qu’avait exactement fait Van Gogh le soir du 23 décembre 1888 », mais aussi répondre à plusieurs questions satellites : quelles sont les raisons qui ont motivé cet acte ? Quelle est la nature réelle de cette blessure ? Et, enfin, qui est la fameuse Rachel, la soi-disant prostituée à qui il a remis ce surprenant présent ? Toutes ces questions ont occupé Bernadette Murphy pendant sept ans. Sept années durant lesquelles elle a écrémé avec une patience inouïe les archives d’Arles à Berkeley, en passant par Amsterdam.

Le dessin du docteur qui a soigné le peintre
« J’étais résolue à partir de zéro », explique-t-elle dans son Rapport d’enquête. « Je décidai d’utiliser autant que possible des sources primaires dans ma recherche […]. Je devais amasser une mine de renseignements vérifiés sur les contemporains et les voisins de Van Gogh si je voulais jamais comprendre sa vie à Arles. » Cette démarche va l’amener à créer une base de données monumentale contenant des renseignements sur plus de 15 000 personnes !

Pour élucider ce cold case, elle va aussi reconstituer le plan du quartier où résidait l’artiste et retrouver les descendants d’un protagoniste de cette histoire. Ce travail de fourmi a été payant. Il lui a notamment permis de mettre au jour un document rare : un dessin du Dr Rey, le médecin qui avait soigné Vincent, indiquant clairement que le peintre s’était tranché l’intégralité de l’oreille et pas uniquement le lobe, comme cela est communément admis. Bernadette Murphy a également identifié la fameuse Rachel, qui s’appelait en réalité Gabrielle et qui n’était pas une prostituée, mais une femme de ménage officiant dans des maisons de tolérance. Enfin, l’auteure a aussi trouvé des preuves invalidant la supposée animosité généralisée des Arlésiens à l’encontre du Hollandais.

Bernadette Murphy,
L’Oreille de Van Gogh. Rapport d’enquête,
Actes Sud, 400 p., 24,80 €, 2017.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°707 du 1 décembre 2017, avec le titre suivant : Enquête : le rapport qui classe l’affaire de l’oreille coupée

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