Dimanche 25 février 2018

En direct de la Foire de Bâle : jeudi 11 juin

Par Simon Hewitt · lejournaldesarts.fr

Le 11 juin 2009

BALE (SUISSE) [11.06.09] – Moins ostentatoire que les années précédentes, la Foire de Bâle essaye de se rassurer avec les grands noms habituels. Notre envoyé spécial raconte l’ambiance dans les allées lors du premier jour d’ouverture.

Elle est plutôt accueillante, la place de la Gare à Bâle, genre Mitteleuropa avec ses rails de tramways chaotiques et son Bahnhof Jugendstil aux jolies tourelles. Pendant Art Basel, un tapis rouge devance une petite tente d'information, dressée à côté de l'arrêt du tram (n°2) qui vous amène à la foire.

Me semblait-il. Mais où est-il, mon tapis rouge ? L'aurait-on supprimé, dans un élan de pudeur et de modestie ?

Il y a moins de monde sur la place de la Gare ; il y a moins de monde sur la Messeplatz, là où s'arrête le tram n°2 ; et j'ai l'impression que les sculptures géantes qui peuplent la Messeplatz pendant la foire sont moins nombreuses et moins géantes (dans tous les sens du terme) que ces dernières années. Même la croix géante du Suisse Valentin Carron ne me semble qu'une pâle version pseudo-gaullienne de celle de Colombey, sinistre en bois noir, ne présageant rien de bon. Prions que je me trompe... A l'entrée de la foire, c'est le vol, la veille, au Musée Picasso qui semble hanter les esprits.

Art Unlimited et Art Statements

En attendant de visiter la section Design et les foires off, on s'attaque aujourd'hui aux grandes halles : à droite, derrière son gros horloge, le Hall 2, abritant 300 galeries sur deux étages ; à gauche, l'immense Hall 1 dédié aux installations hors normes où, sous le titre Art Unlimited, tout ou presque est à une échelle plus modeste que d'habitude. La plupart des idées semblent flotter, comme perdues, sous cet hangar immense qui, en mars, accueille les stands à trois étages (!) des bijoutiers et horlogers de Baselworld.

Bon, les temps sont durs, mais gardons le sourire ! Bravo, donc, au mammouth en bandelettes de papier recyclé, de Pascale Marthine Tayou ; à l'installation PuFF de Mentalklink, avec son plateau circulaire en aluminium, où se glissent et s'entrechoquent, comme des blindés en miniature se faisant l'amour, des pierres de curling recouverte de paillettes et équipées de minuscules balais ; et surtout à China–Made in Italy de Gabriele di Matteo, atelier fictif constitué de 50 tableaux en noir et blanc, pastichant à merveille les " chefs-d'œuvre" commerciaux de la nouvelle scène chinoise...

A deux pas de là, chichement installés dans de petits stands à l'entrée de la halle, les galeries émergentes d'Art Statements ont du mal à imposer leur griffe, hormis Zak Branicka de Berlin avec une installation du Polonais Pawel Ksiazek, Silent Utopia, inspiré à la fois du Metropolis de Fritz Lang et de bâtiments bauhausiens de l'Europe Centrale. Ensemble cohérent, mais tout à vendre séparément : vidéo, photos (2.200 €), sculpture en néon (5.000 €) et toiles (15.000 € chacune des trois).

Les pastilles rouges de la Foire

Passons maintenant dans le Hall 2, là où l'essentiel se passe. Les prix, me semble-t-il, s'y affichent plus volontiers que par le passé ; chez L&M de New-York, par exemple, un collage de Lichtenstein est étiqueté 3,85 millions de dollars, et un petit Sans Titre de Rothko à 3,2M $.

Clin d'œil à un marché BD en plein essor, on retrouve chez Moeller quatre pages de journal recouvertes de dessins de Lionel Feininger (il s'agit du supplément enfants de la Chicago Sunday Tribune, publié en 1906). Affichées 7.500 € la pièce, une seule était vendue.

Ailleurs, Andreas Gursky colle à l'actualité avec une immense photo d'une salle de bourse en pleine pagaille – à l'ancienne, j'allais dire, tout cela étant désormais informatisé. Mais, renseignement pris, il s'agirait du Chicago Board of Trade vu en 2009.

Les grands noms de l'art contemporain (et moins contemporain) défile à la queue-leu-leu : Basquiat, Giacometti, Haring, Picasso, Polke (plutôt que Richter, cette année)… Quelques solo shows d'envergure – Miro tardif (chez Nahmad), Warhol (Bischofsberg), Motherwell (Jacobson), Donald Judd (Gonzalez)… Et du Picabia à peu près partout.

Le XXe siècle est très présent. Chez Krugier, nous remontons même au XIXe, avec ce Mendiant Hindou en mine de plomb, œuvre de jeunesse de Seurat (vers 1878/9). Christian Schad (1894-1982), sujet en automne dernier d'une magnifique rétrospective au Musée Leopold de Vienne, poursuit son retour en grâce chez Nagy, Silverstein et Haas & Fuchs ; pour les dessins et aquarelles tardifs de Julius Bissier (1893-1965), sujet d'une jolie exposition au Musée Cantonal de Lugano (jusqu'à dimanche), les prix s'échelonnent entre 14.000 € et 42.000 CHF chez Carzaniga ou Pauli.

Autre connaissance luganaise, la sculptrice Rotraut : en vedette chez Gmurzynska avec un Cromagnon pourpre de 2009, plus petite (à 1,50m) que ses œuvres alignées le long du lac (40.000 €). Mais si la foule se presse chez Gmurzynska, c'est surtout pour le nouvel opus de Karl Lagerfeld, Moderne Mythologie, séries de photos homo-érotiques en noir et blanc (pièces uniques, 18 000€ chaque), présentées avec bonheur autour d'une petite toile d'homme de Ferdinand Hodler (750.000 €), lui conférant une troublante ambiguïté par la même occasion.

De Venise à Bâle

On est content, en parcourant les allées d'Art Basel, de retrouver beaucoup d'amis rencontrés à Venise : Wim Delvoye chez Perrotin, avec une bétonneuse tout aussi gothique que sa tour chez Peggy Guggenheim ; Tomas Saraceno, vedette du Giardini avec sa toile d'araignée géante, ici en version plus pratique (une boule de 1,85m de diamètre), déjà vendue par Bonakdar (qui n'aurait pas – encore – augmenté ses tarifs) ; Mike Kelley et ses bouteilles multicolores, féeriques à la Punta della Dogana, accordé une pièce à lui tout seul chez Jablonka ; ou encore AES F et leur nouvelle vidéo La Fête de Trimalchio qui, après avoir ébloui l'Arsenal, s'affiche plus petitement (et moins bruyamment) sur trois écrans plasma chez Marco Noire – disponible pour 180.000 € (édition de cinq) voire, en version neuf écrans (trois éditions), pour un prix que Signor Noire ne prend pas la peine de communiquer.
Sinon, les Russes (à part la visite désormais habituelle de Roman Abramovitch) sont moins présents qu'à Venise – mais les Américains beaucoup plus, quoique moins nombreux que d'habitude. Même si Brad Pitt (qui aurait acheté Etappe de Neo Rauch presqu'un million de dollars chez David Zwirner) compte double.
Après le raout mondial de la Biennale de Venise, Art Basel, où 95% des œuvres sont européennes ou américaines, ne semble pas si international que ça. Du Chinois, peu. L'Afrique ? L'Inde ? Encore moins présentes. Sage, prudente, à une échelle qui se veut plus humaine, la folie des grandeurs serait-elle finie ? Les galeristes affichent un optimisme moins contagieux qu'auto-persuasif. Le vernissage les aurait rassurés, les pastilles rouges commencent à fleurir. On a frôlé l'enfer, on regrimpe vers la lumière...

Légende photo : priant pour que ça marche, le public accourt vers Art Basel - © photo Simon Hewitt.

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