Samedi 14 décembre 2019

En direct de la Biennale de Venise : samedi 6 juin

Par Simon Hewitt · lejournaldesarts.fr

Le 6 juin 2009 - 877 mots

VENISE (ITALIE) [06.06.09] - AU GIARDINI il y a trois sortes de pavillons nationaux : les sombres, les ludiques, et les beaux. Le plus sombre, le pavillon de la France, où Le Grand Soir de Claude Lévêque consiste en des cages argentées où flottent drapeaux noirs, le tout sous une lumière crûment agressive et impersonnelle.

C'est du lourd, du puissant mais, à en croire un peu de micro-trottoir, ce n'est pas ce que les gens ont envie de voir par les temps qui courent.

Plus nuancé, avec ses vidéos floues derrière de sages arcades, les Guests (titre ironique) de Krzysztof Wodiczko (Pologne) montre des immigrants comme des ombres chinoises. Dans son magnifique bâtiment Jugendstil, la Hongrie accueille Peter Forgacs et With Time, évocation subtile de l'incarcération nazie, à base de têtes anonymes et d'images d'archive de la petite ville de Wolfsburg (nouveau champion de la Bundesliga, que nous saluons).

En tête des pavillons ludiques, fruit d'une recherche documentaire encore plus insolite, le Fire & Rescue Museum de Jussi Kivi (Finlande) avec son ensemble d'affiches soviétiques des années 50, retrouvées dans un abri anti-nucléaire en Estonie, conseillant aux pionniers (jeunes Communistes) au foulard rouge comment combattre des incendies.

Le Brésil reste fidèle à son image de samba avec les toiles géantes à la Hundertwasser de Delson Uchoa, tandis que l'Uruguay met en scène Pablo Uribe : deux vidéos le montrant en duo, pour un concours avec lui-même de chants d'oiseaux.

Le plus bizarre de tous, peut-être, se trouve (avec peine) à l'autre bout du Grand Canal où, à base de sable blanc et d'une jeune fille chaussée de rollers dorés, tournant dans une salle vide et obscure, Ilya Chichkan et Mihara Yasuhiro (Ukraine) cherchent des Steppes of Dreamers ou, plus simplement, à s'amuser.

Le Beau, enfin, à commencer par l'Italie berlusconienne, évoquée à merveille par les figures psychédéliques de Marco Lodola en perspex, néon et tôle ; et par l'orchestre de Nicola Bolla avec son unicorne assis, entouré de microphones, le tout recouvert de cristaux, brillants comme un crâne de Damien Hirst.

Sage mais élégant, le pavillon de l'Espagne avec son one-man-show de Miquel Barcelo ; délicieusement rétro, les personnages géants en paille – non, feuilles de palmier – d'Ahmad Askalany, qui rendent le pavillon de l'Egypte très couleur locale, sous l'œil enjoué de Stefania Angarano, galériste au Caire (l'une des trois bonnes galeries sur la quinzaine que compte la ville, suggère-t-elle).

Quant aux pavillons de la Roumanie (parcours conceptuel conçu par cinq artistes) et des Pays-Bas (installation numérique de Fiona Tan, d'origine indonésienne), la queue à l’entrée plaide en leur faveur (30 minutes d'attente).

TODAY'S PRESS CONFERENCE

Chose rare pour une conférence de presse sans alcool, il y a salle comble au Danieli (hôtel néo-gothique à deux pas de St-Marc) pour écouter Jean-Hubert Martin évoquer la 3e Biennale de Moscou, qui démarre le 24 septembre et dont il sera directeur artistique. Mais, bien qu'il évoque une alléchante collaboration avec le musée de Hobart (Tasmanie), il a du mal à séduire une assistance qui n'a d’yeux que pour Daria Joukova, compagne de Roman Abramovitch.

Daria, ravissante en mini-jupe, est patronne du Garage Centre, chef-d'œuvre constructiviste de Melnikov, qui servira d'écrin principal à la Moscow Biennale. Il paraît qu'elle se méfie de la presse presque autant que le propriétaire du Chelsea FC, mais accepte de passer quelques minutes en tête-à-tête avec Artclair, révélant qu'elle consacre désormais 80 pour cent de son temps à l'art contemporain, et projette de se constituer une grande collection au fil des ans. Puis, brisant enfin la langue de bois, elle avoue qu'elle aurait "adoré" être l'une des directrices artistiques de la Biennale moscovite, "mais ne fut pas sollicitée." Les voyous !

Son oeuvre préférée, ici à Venise ? "Les Zeppelins de Hector Zamora!" Renseignement pris, elle s'intitule Sciame di Dirigibili, date de 2009, et fut réalisée… "with the support of the Garage Center." Pas bête, la belle.

GRONDEUR & DECADENCE

Je monte dans un vaporetto et me retrouve face à face avec le commissaire-priseur Francis Briest (un  habitué de la Biennale de Moscou, soit dit en passant). Ses impressions ? Mitigées. "Je n'ai pas vu grand-chose d'extraordinaire," gronde-t-il. "A part la Punta della Dogana. C'est la Biennale de Pinault!" Nous nous rendons ensemble, sous un orage s'éclatant, à l'exposition de Bruce Nauman, Topographical Gardens.

Quelques minutes plus tard je croise un autre (ex-Artcurialien, Hadrien de Montferrand, Français sinophone qui vient d'ouvrir une galerie à Pékin (où le marché se porterait mieux qu'en Europe) après y avoir aidé au lancement du Ullens Center. Les Ullens, me dit Hadrien, viennent de faire une fête sur leur bateau, tellement huppée que la presse n'y fut même pas invitée.

Nous passons devant le sous-marin de Ponomaryov, d'où émerge la tête et le chapeau enrubanné de la seule gondolière de la ville, puis retrouvons plus loin une Place St-Marc… à trois quarts inondée, spectacle surréaliste en période estivale ! Les serveurs du Gran Caffe tentent désespéramment de balayer l'eau devant leur porte, repoussant les eaux même depuis l'intérieur, tel des Til Eugenspiegel de Fantasia ; tandis que, devant les arcades, un seul client est resté stoïquement attablé, l'orchestre poursuit son jazz, imperturbable. Titaniquesque.

Le show must go on!

Légende photo : Le Pavillon français - Claude Lévêque - © Simon Hewitt

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque