Dimanche 16 décembre 2018

Elisabeth Joulia, grande figure de La Borne

L'ŒIL

Le 1 avril 2004 - 588 mots

Depuis les années 1950, le village de La Borne dans le Cher est reconnu comme un haut lieu de la céramique française. Élisabeth Joulia, parmi d’autres, s’y installe. Aujourd’hui encore, un public éclairé vient y découvrir une création indépendante majoritairement exécutée en grès et cuite au bois.

Installée à La Borne, Élisabeth Joulia (1925-2003) a renoué avec la tradition autochtone des fours à bois, sans pour autant traîner les remorques du passé.  À partir de l’expérience reçue des artisans traditionnels du village, elle a cherché à ériger une « ligne claire » en céramique, faite de constructions et d’intentions esthétiques dénuées d’affèteries. Elle reste d’ailleurs dans la mémoire de tous comme l’une des plus fortes personnalités de La Borne. L’artiste poétisait avec humilité sa démarche foncièrement individualiste et solitaire : « Par-delà la tradition, les événements, les objets, se déroule une longue marche de terre en terre, de four en four, où s’inscrit chaque jour la vie. Des empreintes laissées dans la glaise, griffes ou courbes, naît une œuvre imparfaite que je reconnais comme mienne. » Plutôt peintre que sculpteur à l’époque – elle s’était formée d’abord aux Beaux-Arts de Clermont-Ferrand, puis apprit les techniques de la fresque aux Beaux-Arts de Paris, et la céramique aux Beaux-Arts de Bourges –, elle arrive en 1949 à La Borne dans le sillage des Lerat. Dès le départ, elle cherche à « faire de grandes choses ». Elle réalisera quelques muraux pour l’architecture, dont certains avec son mari, le céramiste Guy Schneider. Mais c’est le modelage qui va prendre le dessus : Joulia monte la plupart de ses formes « à la boulette », avec patience et opiniâtreté, alternant de grandes sculptures abstraites au colombin avec des pièces d’usage tournées, utilisant comme seul décor du grès brut des engobes terreux qu’elle ramasse au cours de ses randonnées et voyages lointains, au Soudan et en Égypte notamment. La production de Joulia part d’un regard aigu sur la nature et reste toujours identifiable par ses volumes arrondis issus du monde minéral ou végétal. Dès 1968, la reconnaissance de son travail s’amorce avec un premier prix de la Biennale de Vallauris. Joulia est ensuite plébiscitée par le public japonais lors d’une exposition itinérante intitulée « Traditions et Arts d’une province de France » organisée en 1974. Au cœur des années 1970, elle affirme une des plus fortes notoriétés de La Borne en créant ses Grandes Amandes qui paraissent enveloppées d’une peau lisse que l’on aurait décalottée. Le musée des Arts décoratifs de Paris soutient sa création par l’achat d’une pièce sculpturale en quatre parties intitulée Le Grand Pétale de 1975, acquise à la suite de l’exposition « Artiste /Artisan » en 1977, présentée également dans le cadre de l’exposition « Métiers de l’Art » en 1981, et figurant dans la première rétrospective des œuvres de l’artiste au musée de Saint-Amand-les-Eaux en 1983. Une des Grandes Amandes réalisée en 1973 est acquise par le Fonds national d’art contemporain en 1982 (déposée au musée des Arts décoratifs). Aujourd’hui, la galerie Capazza à Nançay (Cher), qui présente depuis les années 1980 les grandes figures du grès contemporain, propose une exposition réunissant des pièces importantes de Robert Deblander, Jacqueline Lerat, Yves Mohy et Élisabeth Joulia. Une exposition indispensable, à considérer comme un premier hommage dédié à cette grande dame de la céramique française, depuis son décès en juillet 2003.

« Robert Deblander / Élisabeth Joulia / Jacqueline Lerat / Yves Mohy », NANÇAY (18), galerie Capazza, grenier de Villâtre, tél. 02 48 51 80 22, www.capazza-galerie.com, 20 mars-4 juillet.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°557 du 1 avril 2004, avec le titre suivant : Elisabeth Joulia, grande figure de La Borne

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