Vendredi 23 février 2018

Des peintres russes en appellent à Medvedev dans le procès de deux organisateurs d’une exposition d’art controversée

Par LeJournaldesArts.fr · lejournaldesarts.fr

Le 7 juillet 2010

MOSCOU (RUSSIE) [07.07.10] – Une douzaine de peintres russes ont appelé le président Dimitri Medvedev à intervenir dans le cadre du procès de deux organisateurs d’une exposition sur le Sots Art accusés d’incitation à la haine et de blasphème.

Un collectif d’artistes russes parmi lesquels le peintre Oscar Rabin en appelle au président russe, Dimitri Medvedev, pour agir en faveur de deux organisateurs d’une exposition d’art contemporain très critiquée, organisée en mars 2007 au musée Sakharov de Moscou. L’ex-directeur du musée, Iouri Samadourov, et le commissaire de l’exposition, Andreï Erofeïev, également responsable du département d’art contemporain de la galerie d’Etat Tretiakov à Moscou. Les deux hommes sont accusés d’outrage aux sentiments des croyants, d’incitation à la haine et d’insulte à la dignité humaine. Ils encourent une peine de trois à cinq années de prison.

L’exposition « Art interdit – 2006 » qui s’est tenue du 7 au 31 mai 2007 au musée Sakharov à Moscou présentait un certain nombre d’œuvres allant de la période soviétique au XXIe siècle d’artistes russes. Certaines des œuvres représentatives du mouvement artistique « Sots art », un courant artistique né dans les années 1970 et caricatural de la propagande officielle reprenaient des motifs ou des thèmes religieux.

L’exposition avait provoqué un large retentissement et suscité le mécontentement de nombreuses personnalités dont le ministre russe de la Culture de l’époque, Alexandre Sokolov qui qualifia l’exposition de « honte pour la Russe » selon l’AFP. Plusieurs organisations orthodoxes et nationalistes parmi lesquels des militants d’extrême droite avaient réclamé l’interdiction de l’exposition.

Suite aux plaintes, le procureur de Taganski – un des quartiers de Moscou – a engagé des poursuites alléguant que les œuvres témoignaient « de manière tangible d’une attitude dégradante et insultante vis-à-vis de la religion chrétienne et plus spécifiquement de l’Eglise orthodoxe ». Or, le délit de blasphème ne figure pas au code pénal russe et la Russie est un pays laïc dont la Constitution reconnaît la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

De nombreuses associations se sont mobilisées pour défendre les organisateurs. En avril 2009, Amnesty International avait demandé aux autorités russes de respecter leur droit à la liberté d’expression et d’abandonner les poursuites. Aujourd’hui, le collectif d’artistes estime que le « procès doit être immédiatement arrêté et que les accusés doivent être acquittés » et dénonce une véritable « censure culturelle » dans une lettre ouverte adressée au président Medvedev.

Le Moscow Helsinki Group, une association de défense des droits de l’homme, a également appelé la Haute commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navanethem Pillay d’intervenir d’après l’agence de presse russe RiaNovosti. Même le porte-parole du patriarcat de l’Eglise orthodoxe russe, Vladimir Viguilianski a qualifié la condamnation exigée par le Parquet de « démesurée », « injustifiée » voire « nuisible ».

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