Décès de la galeriste Anne Lahumière

Par Stéphane Renault · lejournaldesarts.fr

Le 18 juillet 2017 - 808 mots

PARIS [18.07.17] - Fondatrice en 1963, avec son époux Jean-Claude, de la galerie éponyme, spécialisée dans l’abstraction géométrique et construite, la galeriste est décédée le 14 juillet. Elle assura la présidence du Comité professionnel des galeries d’art de 1993 à 2004.

Editrice d’estampes à ses débuts, la galeriste a défendu les jeunes artistes de la Nouvelle figuration (les Malassis) avant de s’orienter vers l’art construit. Installée depuis 1995 dans un immeuble du XVIIIe siècle, rue du Parc-Royal, dans le quartier du Marais, à Paris, la galerie Lahumière s’est fait une réputation en présentant des créateurs historiques, devenus des classiques : Vasarely, Cahn, Dewasne, Gorin, Herbin, Honegger, Magnelli. Elle promeut en outre des artistes contemporains partageant avec leurs ainés des affinités, de Dubreuil à Stempfel.

Très active dès la naissance des premières foires d’art internationales – présente ainsi à la première foire de Bâle en 1970, et depuis, à toutes ses éditions ; à la Fiac dès 1974, jusqu’à son éviction en 2008 – Anne Lahumière a été membre du comité de sélection de la foire de Bâle pendant onze ans. Elue présidente de la Fédération européenne des associations de galeries d’art pour une période de 3 ans en 1999, elle a ensuite fait partie du conseil des ventes à sa création pendant 4 ans.

En 2013, l’enseigne fêtait ses cinquante ans d’activité. Dans un entretien, la galeriste confiait au JdA : « Nous avons toujours pris le chemin le plus difficile qui est de défendre une tendance, en l’occurrence l’abstraction géométrique, construite, qui en France n’est pas vraiment appréciée. En plus, nous avons majoritairement choisi des artistes français ce qui n’a jamais facilité les choses. Mais à la galerie nous avons à faire à de vrais passionnés, qui n’achètent pas pour investir et revendre rapidement. Nous vendons des œuvres à des gens qui ont un vrai coup de cœur. C’est une tout autre vue du métier que d’exposer uniquement des œuvres qui se négocient bien. Nous choisissons une pièce en fonction de sa qualité, de sorte que si nous ne la vendons pas, elle puisse rentrer, avec plaisir, dans notre propre collection.»

Contactée par le JdA, Diane Lahumière évoque son souvenir :

« C’était une force de la nature, un personnage. Elle en imposait et en même temps, c’était une petite fille, quelqu’un qui détestait les conflits, toujours prête à défendre la veuve et l’orphelin, même si elle a pu dérouter de nombreuses personnes autour d’elle. Ma mère était quelqu’un de drôle. Avec mon père, c’était des gens généreux. Toute leur vie, c’était cette galerie. Comme je l’ai écrit dans le texte du catalogue des 50 ans, ils ont donné naissance à trois enfants : moi, la galerie et mon frère. On a grandi ensemble, j’ai baigné dans cet univers.

Ma mère était très engagée auprès de la profession. Elle a fait beaucoup à l’époque où elle était au comité des galeries d’art pour que les artistes français soient pris en charge sur une foire. Elle s’est engagée sur cette tendance abstraite et géométrique au côté de mon père en investissant dans des fonds importants d’artistes comme Auguste Herbin, Victor Vasarely, Jean Dewasne, qu’ils ont cotoyés pour certains lorsqu’ils étaient avec mon père tout jeunes galeristes en commençant par l’édition dans les années 1970. La galerie s’est démarquée depuis 40 ans en suivant cette ligne abstraite et géométrique, qui n’est pas forcément très populaire mais a renforcé son image. Mes parents étaient proches de cette sensibilité pour plein de raisons, d’abord par goût, ensuite un lien avec l’environnement proche, que ce soit l’architecture, le design. Mon père avait fait les Arts déco, il avait un œil, ma mère de la même façon. Il est vrai que nous avons plus de succès en dehors de France. On a oublié que nous avons de grands artistes, notamment Jean Dewasne qui a représenté la France à la Biennale de Venise en 1968, Auguste Herbin qui a montré la voix dès les années 50 à toute cette génération d’artistes.

Cela a toujours été un accord tacite entre mes parents et moi que je continue la galerie, compte tenu de la position actuelle qu’elle a acquise. Je ne vais pas mettre la clé sous la porte du jour au lendemain. Depuis un an ou deux, j’ai un peu plus d’envergure, on me sollicite pour faire des expositions. J’ai des idées beaucoup plus larges mais cela restera dans cette tendance abstraite et géométrique parce que nous avons mis du temps à la construire, il me semble important de garder cette direction, c’est son identité et ce qui fait la reconnaissance de la galerie sur le plan national et international. Nous allons faire une exposition hommage à Anne et Jean-Claude Lahumière à la rentrée avec les artistes phares de la galerie. L’occasion aussi de revenir sur son passé d’éditeur. »

Propos recueillis par Stéphane Renault

 

Information
Consulter la fiche de la galerie Lahumière

Légende Photo :
Anne Lahumière - Photo courtesy Galerie Lahumière, Paris.

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque