Vendredi 23 février 2018

De Venise à Bâle

Par Simon Hewitt · lejournaldesarts.fr

Le 10 juin 2009

BALE (SUISSE) [10.06.09] – Notre envoyé spécial termine, si tant est que cela soit possible, son exploration de la Biennale de Venise pour rejoindre l’autre grande messe de l’art contemporain : la Foire de Bâle, qu’il suivra pour nous pendant 3 jours. Il s’est arrêté en chemin à Lugano et au Liechtenstein.

L'anonyme pêcheur face au Giardini, dans son bac en iceberg brisé, brandissant son poisson rouge vers les visiteurs, restera comme un symbole de cette Biennale… tout comme cette barque solitaire avec son container, amarré à quelques mètres de là, en provenance des Comores. Quatre autres furent annoncées, mais perdues en route ; embarquées, sans doute, par des pirates somaliens en soif de culture.

Parmi les pavillons nationaux, certains clichés sont respectés – austérité allemande, fétichisme japonais – mais d'autres ne le sont pas : un Venezuela cérébral, une Islande folle-dingue (atelier d'artiste peuplé d'un groupe punk et d'une armée de canettes de bière). Pays le plus à l'étroite : la Turquie, dans une préfabriquée à bord du bassin de l'Arsenale… le comble pour un pays qui accueillera la Capitale Européenne de la Culture (Istanbul) en 2010.

Et quid du pavillon le plus éloigné ? Dans une petite ruelle sur l'île de la Giudecca, les œuvres troublantes de Niyaz Najafov, ex-drogué/emprisonné, côtoient une immense toile par Tair Salakhov, To You, Humanity (1961), glorifiant l'assaut communiste de l'espace. Euh, toile ? Non, reproduction photographique… L'original est resté au Musée de Bakou. Le pavillon de l'Azerbaïdjan exhibe un drôle d'attitude post-communiste !

Après la frénésie des ouvertures officielles du jeudi et du vendredi, le samedi offrait ainsi la chance de partir à la découverte de quelques-uns de la cinquantaine d'endroits, à travers la ville, investis par la Biennale. Pour tout visiteur prospectif, nous en conseillons trois, à commencer par Glass Stress, excellente exposition de verrerie contemporaine (dont certaines œuvres de grands créateurs) face à l'Accademia.

Partons ensuite vers le Palazzo Zenobio, avec son joli jardin négligé, et ses six expositions – trois à thème (dont les scènes de rue monumentales du photographe coréen AttaKim) ; et trois nationaux… chez l'Arménie, les toiles faussement joyeuses de Gayané Khachaturian (née en 1942) ; chez la Macédoine, des machines à chiffres à n'en plus finir de Goce Naneveski, jusqu'à 4m de largeur ; chez la Syrie enfin, les toiles de deux artistes du pays (Issam Darwich et Yasser Hammoud) bizarrement submergées, au nom d'un supposé axe historique Venise-Damas, par les œuvres de sept artistes italiens.

De l'autre côté du Grand Canal enfin, ne ratez pas la Fondamenta della Misericorda – immense église désaffectée, qui ressemble à un blockhaus baroque à deux étages. Celui d'en haut accueille East-West Divan, un survol de l'art de l'Iran, du Pakistan et de l'Afghanistan, mélangeant calligraphie, miniatures relookées et lustres en néon. Au rez-de-chaussée, l'époustouflant Tube du Lithuanien Zilvinas Kempinas, tunnel de 30m de long (que l'on parcourt à pied) composé uniquement de bandes de ruban magnétique. Quasi incognito, en jean et chemise large, Jacques Toubon ne cache pas sa joie…


DE LUGANO…

Changement de scène, et de train (à Milan), et nous voilà dimanche sur la Riviera suisse, à Lugano, embelli le long des quais par 22 grandes sculptures en métal coloré par Rotraut Uecker, artiste allemande (désormais installée aux Etats-Unis) mariée à Yves Klein pendant six mois, avant la tragique disparition de ce dernier en 1962. Jusqu'au 13 septembre, le Museo d'Arte de la ville rend hommage à ce couple maudit, avec un survol succinct mais judicieux du génie novateur de Klein, sans oublier ses œuvres de jeunesse dufy-esques (1950), ni l'un des rares exemplaires du manifeste des Nouveaux Réalistes rédigé par Pierre Restany. La jeunesse de Rotraut est, elle, évoquée par de surprenantes abstractions en farine collée, avant que ses toiles des années 1970 ne revisitent le suprématisme russe.


AU LIECHENSTEIN…

Nous quittons Lugano sous la pluie en voiture et, après le grandiose Val Mesolcina avec ses cascades à gogo, franchissons le Col du San Bernardino avant d'atterrir au Liechtenstein. Vaduz, sa capitale, co-organise Bad Ragartzla Triennale de la Sculpture avec la ville suisse voisine de Bad Ragaz.

A Vaduz, une quinzaine de sculptures s'alignent sagement le long de la rue (piétonne) principale, peinant à s'imposer devant le bunker noir du Kunstmuseum, ouvert depuis 2000, et son exposition La Vie Possible de Christian Boltanski (jusqu'au 6 septembre).

Mais à Bad Ragaz, ville d’eau au charme suranné, la sculpture est partout : devant la gare, sur les quais, dans les parcs publics, dans les jardins privés, dans les champs, tout au long des rues… C'est d'une variété saisissante : figuratif/ abstrait, monochrome/coloré, mat/brillant, énorme/ petit. 400 œuvres en tout, de 80 sculpteurs issus de 15 pays. Dommage, en raison du budget limité, que sa publicité reste confidentielle et son catalogue tristounet (en noir et blanc, en allemand uniquement). Mais cette triennale, qui ne termine que le 1er novembre, vaut le détour !

ENFIN BASEL !

Maintenant la ruée vers l'art remonte plus au nord, vers Bâle, où la grande foire annuelle s'ouvre au public aujourd'hui (10 juin). Deux questions, parmi d'autres : Qui, crise oblige, aurait « séché » Venise pour ne faire que Basel ? Et comment Art Basel se prendra-t-il pour tenir son rôle de locomotive, pour un marché qui pèche par manque de confiance ?

Légende photo : anonyme pêcheur face au Giardini, dans son bac en iceberg brisé, brandissant son poisson rouge vers les visiteurs - © Simon Hewitt

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