Mercredi 19 décembre 2018

Paris-8e

Dada, à la source Africa

Musée de l’Orangerie - Jusqu’au 19 février 2018

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 21 décembre 2017 - 313 mots

« Nos artistes d’aujourd’hui vont-ils s’inspirer des sculpteurs noirs de jadis ? », s’interroge, inquiet, le critique d’art André Warnod, en mai 1919, dans L’Avenir, alors que le collectionneur Paul Guillaume s’apprête à organiser une grande Fête Nègre à la Comédie des Champs-Élysées.

La réponse est clairement oui. Parce qu’il n’est plus temps de présenter l’historique de Dada, le choix de la commissaire et nouvelle directrice de l’Orangerie, Cécile Debray, de mettre l’accent sur l’antécédence et les influences subies par le mouvement créé en 1916 par Tzara, à Zurich, est plutôt bien vu.

Si le XXe siècle s’est entiché de primitivisme, notamment africain, c’est surtout à toute une bande d’artistes au regard éclairé qu’il le doit : Tristan Tzara, Hugo Ball, Marcel Janco, Hans Arp, Sophie Taeuber, Hans Richter, etc. Foisonnantes, d’une grande richesse documentaire, les cinq sections qui structurent « Dada Africa » permettent aux visiteurs de mesurer le rôle majeur de ces « sources et influences extra-occidentales » (sous-titre de l’exposition) dans la constitution d’une esthétique jugée trop souvent débridée.

L’exposition de l’Orangerie est un révélateur de l’intelligence d’une époque troublée qui n’a plus qu’à se sauver dans la pleine et totale liberté de création. Elle acte, s’il en est besoin, que, comme le disait Robert Filliou, « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ». Elle témoigne surtout d’une sorte de panique à la création, alors même que l’Europe vient de s’effondrer, comme s’il s’agissait non tant de faire tabula rasa mais de tout reconstruire et, à cette fin, d’aller quérir exemples et modèles au-delà de son pré carré, à l’écoute de l’autre.

« Dada Africa » se déploie ainsi en combinant, comparant et confrontant tout un monde d’images, de sculptures et de documents suivant une scénographie ouverte qui en rend le parcours plutôt fluide. Elle souligne de facto le caractère transdisciplinaire d’un mouvement dont l’éclectisme est la force et la fortune critique loin d’être épuisée.

« Dada Africa. Sources et influences extra-occidentales »,
Musée de l’Orangerie, place de la Concorde, Paris-8e, www.musee-orangerie.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°708 du 1 janvier 2018, avec le titre suivant : Dada, à la source Africa

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