Mercredi 19 février 2020

Un « Printemps » féministe

Par Céline Piettre · L'ŒIL

Le 23 septembre 2014 - 332 mots

She She Pop. Leur nom – où le « she » bégayant annonce la composition presque exclusivement féminine du collectif – se lit de plus en plus souvent sur les programmes des festivals et des théâtres.

On les retrouve cet automne à Paris, avec deux pièces (Le Sacre du printemps et Schubladen), et au Japon pour le Kyoto Experiment, quand elles ne sont pas à l’affiche du HAU, le fameux théâtre d’avant-garde berlinois (organisateur du non moins fameux festival de danse Tanz im August). Les She She Pop font dans l’expérimental – préférant les « situations immédiates » et l’interaction avec le public à la soumission au texte –, dans l’autobiographique – leurs expériences personnelles nourrissent la scène –, dans le collectif – chaque performeur est cocréateur –, et dans le chromosome X. Car s’il intègre des hommes (Sebastian Bark notamment), le groupe basé en Allemagne se revendique du point de vue du genre, dans une « perspective féministe » – un angle donc, plus qu’un propos. Elles/ils n’hésitent pas à faire monter leurs propres géniteurs sur scène pour explorer les relations père/fille sur fond de Roi Lear (Testament, 2012). Dans le Sacre du printemps, ce sont leurs mères qui sont conviées sur le plateau, par le biais d’écrans interposés. La danse participe à ce dialogue intergénérationnel. On reconnaît les pas rythmés du ballet original de Nijinski/Stravinsky, ces pieds percutant, piétinant le sol, cette transe rituelle. Le Sacre, rappelons-nous, c’est l’histoire d’une jeune fille sacrifiée au dieu du printemps pour assurer à la communauté de bonnes récoltes. Ou, transposé ici, du destin de l’épouse/mère sacrifiée à son mari et à ses enfants. Problématique périmée ? Pas si sûr… Entre les mères et les filles (ou les fils), les avis divergent. Ça cause renoncement, victimisation, filiation, famille, rapports de pouvoir, individu versus société, aspirateur. On (la critique, le public) les dit drôles, décalés, piquants, émouvants, parfois un peu maladroits, fragiles, toutes les qualités d’un théâtre bien vivant qui ne craint pas de s’engager.

Quoi ?
Le Sacre du printemps

Où ?
Théâtre des Abbesses, Paris-18e

Quand ?
Du 20 au 24 octobre 2014

Comment ?
www.theatredelaville-paris.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°672 du 1 octobre 2014, avec le titre suivant : Un « Printemps » féministe

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