Vendredi 23 octobre 2020

Urbanisme

Un palais des sports arrimé à Rouen

Par Sophie Trelcat · Le Journal des Arts

Le 29 octobre 2012 - 829 mots

Le Palais des sports Kindarena de Rouen, signé de l’architecte Dominique Perrault, sert de vaisseau amiral depuis septembre à la reconquête des berges de la Seine par la Communauté d’agglomération rouennaise.

Rouen - 9, 23, 106, H2O, docks 76… un chapelet de hangars balise les rives de la Seine tels les clochers séculaires dans le vieux Rouen. Réhabilités pour la plupart en espaces culturels, ces anciens entrepôts portuaires sont les avant-postes de la volonté de la ville de reconquérir ses bords de fleuve longtemps confisqués par le port industriel déplacé au nord. Rouen la contemporaine se veut manifestement ancrée dans son époque et les élus n’ont pas résisté aux sirènes du développement durable avec un écoquartier à venir rive gauche et le projet dit Luciline, rive droite, revendiquant, sans hésiter, la lutte contre le réchauffement climatique. Rive droite, friches et activités liées à l’automobile, telles quelques pittoresques casses de voitures, ont fourni le potentiel foncier indispensable à la reconversion urbaine.

Pyramide inversée
C’est sur l’une de ces parcelles, enclavée entre voies d’eau et infrastructures, que la communauté d’agglomération de Rouen, Elbeuf, Austreberthe (CREA) a décidé d’implanter un vaste équipement collectif : le Palais des sports Kindarena, confié à l’architecte Dominique Perrault à l’issue d’un concours en 2006. Clairement, l’architecte a posé le bâtiment non pas comme un jalon esseulé mais comme l’ambassadeur d’une urbanité en marche. Le vaste parvis qui enchâsse l’équipement rejoint en pente douce les longs emmarchements propices aux rendez-vous et aux croisements de toute nature. L’esplanade publique joue les agoras et s’ouvre sur le carrefour de toutes les mobilités en rejoignant les lignes du TEOR (transport en commun) et les voies routières. Les pas et les regards filent jusqu’au large socle pyramidal du palais. De forme parallélépipédique, d’une grande simplicité technique et formelle, le bâtiment traité comme un théâtre est l’objet d’une habile mise en scène. Loin de s’apparenter à un bloc fermé, grillagé, inerte en dehors des festivités, il se présente, libre, défini par un sol et un ciel dont les mouvements de torsion, les jeux de lumière et les reflets sont un permanent générateur de vie. La toiture, en porte-à-faux, projette un gigantesque auvent en forme de pyramide inversée qui atteint jusqu’à 22 mètres au sud. En sous-face, le bardage d’acier inox miroir démultiplie l’image et les mouvements de la ville en de spectaculaires staccatos.

Un équipement à multiples destinations
Il faut gravir les larges marches, filant le long des parois sud et est, sous lesquelles sont glissés les salons de réception, pour entrer dans l’équipement où, passée l’enceinte vitrée, le spectateur est confronté abruptement à la profondeur des arènes. Au cœur de l’édifice, les deux salles principales juxtaposées (6 000 et 1 200 places) sont ceinturées en partie haute d’un bandeau de verre assurant un éclairage naturel de jour et laissant la vue porter sur la ville et ses docks. Quant à la « tripaille » technique en plafond, elle disparaît, noyée dans la couleur noire renforçant le dispositif scénique. Habilement, le « palais des sports du quotidien », celui des salles d’échauffement et de musculation, des vestiaires, de l’administration, du stockage..., est glissé sous les gradins et accessible en rez-de-chaussée depuis les façades nord et ouest. D’une radicalité affirmée, ces deux façades de service en verre et métal noirs forment des césures nettes dans le volume. Travail sériel, effets miroir et optiques, répétitions composent la matière première qui crée le corps-à-corps du complexe sportif avec la ville et où le paysage prend le pas sur l’architecture. Le Kindarena, désigné ainsi en raison du parrainage par la firme Ferrero qui financera son fonctionnement pendant dix ans, assure la visibilité de la marque Kinder. Logés dans le socle, cinq salons de réception sont d’ailleurs dédiés à l’événementiel. Ce palais des sports appartient à une nouvelle ère d’équipements publics qui débordent leur vocation première. Outils de fabrique de l’urbain, ils doivent désormais être tout autant, si ce n’est plus, des centres commerciaux et de bureaux, des salles de spectacle que de simples équipements arrêtés à leur définition initiale. Le pari est définitivement gagné lorsque la prouesse architecturale les élève au statut d’icônes. Aujourd’hui, mondialisation et médiatisation oblige, le sport constitue le phénomène social sans doute le plus spectaculaire, occupant les médias en continu. « Le sport est le seul événement que l’on peut vivre en direct, il n’y a pas de médium entre le spectateur et l’événement, c’est ce qui lui donne sa dimension théâtrale et c’est ce qui plaît au public », souligne Dominique Perrault.  Quoi qu’il en soit, le Palais des sports de Rouen démontre avec éclat que la frontière entre architecture, relations publiques et marketing est abolie.

Fiche technique

- Maîtres d’ouvrage : CREA, Communauté d’agglomération Rouen-Elbeuf-Austreberthe

- Maîtres d’œuvre : DPA, Dominique Perrault Architecture

- Superficie : 17 000 m2 SHON 11 000 m2 pour le parvis

- Coût : 52,4 M € HT

- Programme : Salles multisports et salons de réception

- Dates clés : Concours 2006 - Livraison 2012

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°378 du 2 novembre 2012, avec le titre suivant : Un palais des sports arrimé à Rouen

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