Le cinéma de L’Œil

Turner méritait mieux qu’un chromo poussif

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 19 novembre 2014 - 301 mots

Mike Leigh, le réalisateur de Secrets et mensonges, brosse avec son biopic Mr. Turner le portrait du « peintre de la lumière » (1775-1851), en focalisant sur les dernières années de son existence [sortie en salles le 3 décembre. Avec Timothy Spall, Dorothy Atkinson, Marion Bailey, Paul Jesson, Lesley Manville, Martin Savage et Ruth Sheen].

On découvre un homme taciturne, excentrique et ronchon, très attaché à son père, qui retrouve sur la fin son romantisme des débuts en fréquentant une certaine Mrs Booth. Si ce long métrage de 2 h 29 réserve quelques beaux moments – le peintre ajoutant une bouée rouge sur une marine, l’artiste accroché au mât d’un navire pour capter une tempête –, il faut avouer que le film semble souvent interminable, s’attardant avec insistance sur les grognements d’animal de Turner, joué par un Timothy Spall au bord de la caricature, et que le cinéaste britannique y développe des ficelles trop grosses : comme lorsqu’on savoure les différentes couches d’un tableau pour apprécier sa subtilité, Leigh nous fait le coup, des plus attendus, qu’il faut gratter la surface d’un personnage atrabilaire pour découvrir « un grand esprit, doté d’une belle sensibilité ». Entre-temps, la narration académique s’essouffle, d’autant plus qu’elle est à peine relayée par une plasticité de l’image bien trop classique pour rendre compte des expérimentations avant-gardistes d’un tel peintre, annonciateur de l’impressionnisme voire de l’Abstraction lyrique. Hormis un générique du début graphique, une partition musicale singulière et de belles lumières mordorées citant les paysages maritimes de Turner, le rendu visuel de ce « chromo » est trop sage pour toucher du doigt les fulgurances picturales d’un artiste visionnaire qui n’hésitait pas, lui, à s’aventurer dans les territoires inconnus de la création, comme on peut actuellement le voir à la Tate Britain qui lui consacre une exposition.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°674 du 1 décembre 2014, avec le titre suivant : Turner méritait mieux qu’un chromo poussif

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