Samedi 14 décembre 2019

Art contemporain

STUPA-FIANT

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 20 décembre 2018 - 424 mots

LADAHK

Écologie -  Sonam Wangchuk, 52 ans, est né dans le village d’Uleytokpo, en plein cœur du Ladakh, région de l’extrême nord de l’Inde, perchée à 3 500 m d’altitude entre les chaînes de l’Himalaya et du Kunlun.

Diplômé ingénieur en génie mécanique du National Institute of Engineering de Srinagar, au Cachemire, l’homme est aujourd’hui tout à la fois constructeur, agronome, pédagogue, architecte, sinon inventeur. Sur ces hauts plateaux au climat rude – les températures, en hiver, descendent à - 30° – et à faible pluviométrie – les précipitations n’excèdent pas 90 mm par an –, la crise de l’eau est endémique, a fortiori pour l’agriculture. Pour remédier à cette pénurie, Sonam Wangchuk construit des Ice Stupas [« Stupas de glace »], du nom de ces monuments bouddhistes éparpillés dans le paysage himalayen. Déjà promoteur d’une architecture bioclimatique basée sur l’emploi de la terre crue, il planche depuis 2010, à partir des travaux expérimentaux de son confrère Chewang Norphel, sur un système de glacier artificiel qui stockerait l’eau en hiver, puis la restituerait au printemps, en fondant. Si le « glacier » de Norphel était plat, façon champ de glace, celui de Wangchuk, lui, adopte une silhouette plus ou moins conique. Cette forme, paraît-il, permet d’être opérationnel à des altitudes moins élevées : arborant une surface moindre, la fonte s’en trouve ainsi ralentie, même au soleil. Le premier prototype a été concrétisé en 2015. La méthode est pour le moins ingénieuse : l’eau est captée dans les ruisseaux au pied des glaciers, puis canalisée dans des tuyaux enfouis qui descendent jusqu’aux abords des villages, plusieurs kilomètres en contrebas. La différence d’altitude entre le point de captage et le point de sortie génère une telle pression que l’eau jaillit en geyser. Bref, sans électricité ni machinerie, mais par la seule force de la gravité, celle-ci se retrouve pulvérisée en une fine bruine qui, eu égard à la température glaciale extérieure, retombe en particules congelées. Se forme alors, petit à petit, sur une fine structure métallique préalablement installée, un monticule de glace compact. Le tour est joué.En hiver, lorsque les agriculteurs n’utilisent pas d’eau, Sonam Wangchuk la détourne pour alimenter l’érection de ses Ice Stupas. En été, quand les besoins agricoles sont importants, l’eau de fonte est recueillie dans de grands réservoirs qui, par la suite, permettent d’alimenter les terres. Selon les calculs de Wangchuk, un mini-glacier de 30 mètres de haut peut contenir 15 millions de litres d’eau, de quoi irriguer 50 hectares. Sans doute un moyen de s’adapter au réchauffement climatique, voire de végétaliser des zones arides de haute altitude…

À savoir
Membre fondateur, en 2015, de l’Himalaya Institute of Alternatives, Sonam Wangchuk s’est vu remettre, le 31 août 2018, à Manille (Philippines), un Ramon Magsaysay Award, considéré comme le prix Nobel asiatique, « pour sa contribution dans les domaines de l’éducation, de la culture et de la nature pour le progrès des communautés ». Il avait décroché, en 2017, un Global Award for Sustainable Architecture et, un an auparavant, un Rolex Award for Enterprise, dans la catégorie Environnement.
À voir

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°719 du 1 janvier 2019, avec le titre suivant : STUPA-FIANT

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