Métaphore

Sarmento interpelle les contours du désir

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 2 septembre 2014 - 456 mots

Au Musée d’art moderne et d’art contemporain de Nice, Julião Sarmento joue avec les images stéréotypées de la femme à travers l’évocation érotique.

NICE  Elle est partout dans l’exposition et accueille le visiteur dès le débouché des escaliers. Elle ? Cette femme sans visage, vêtue d’une simple robe noire et qui tend à s’effacer partiellement, comme sur ce tableau où non seulement le visage a disparu au sein du blanc unifiant le fond, mais aussi les jambes qui semblent engagées dans un processus de lente dilution (Febre (2), 1994-1995).
Récurrent dans toute l’œuvre de Julião Sarmento, ce personnage féminin et ses « absences » constituent presque une métaphore du désir et de son expression qui traverse de part en part le travail de l’artiste portugais, avec la possibilité pour chacun sur ces surfaces blanches et non vierges – bien souvent la surface n’est pas nette voire constitue un recouvrement – de projeter les siens et de (re)construire des histoires, réelles ou fantasmées.

La construction en mode récit littéraire ou cinématographique, Sarmento s’y emploie dès les années 1980 avec à la fois une simplicité et une efficacité de ton et de langage qui lui font composer des tableaux pareils à une version sobre du collage, avec quelques images réparties sur des fonds noirs. Ces ensembles de toiles d’où émergent des fragments de corps ou sur lesquelles flottent des phrases apparemment déconnectées de tout contexte fonctionnent dès lors comme un scénario ouvert et adaptable.

Bousculer les poncifs
Dans cette géographie d’un désir perpétuellement mouvant et aux formes variées, l’évocation sexuelle, quoique très présente comme avec une table sur laquelle se mêlent des images érotiques et des portraits, féminins toujours, très sages (The Real Thing, 2010), n’est finalement pas le moteur principal. Et c’est bien là que l’entreprise devient intéressante. Car en multipliant les modes d’expression, Sarmento s’interroge en permanence sur les stéréotypes, l’image archétypale de la femme et ses représentations, comme pour mieux les déjouer ; ainsi une vidéo tournée dans un studio de télévision, où sur fond bleu un visage de femme reste muet et sourit seulement par intermittence, comme si elle avait été « débranchée » entre deux programmes (Commercial Break, 2011).

L’entrecroisement et la latence des images, et par-delà les réminiscences qu’elles imposent, finalement installent une esthétique de l’énigme qui devient très prégnante et trouve une acmé dans une curieuse installation : Guibert (2007-2008), qui voit la femme vêtue de noir, en cire cette fois-ci, assise devant une table, un sac en papier sur la tête face à un miroir… dans lequel apparaît le visiteur lorsqu’il s’approche derrière elle ! Une autre manière de se laisser emporter dans les dédales d’une œuvre complexe et savamment construite.

Sarmento

Commissaire d’exposition : Gibert Perlein
Nombre d’œuvres : environ 100

JULIÁO SARMENTO

Jusqu’au 30 novembre, Musée d’art moderne et d’art contemporain, Place Yves Klein, 06000 Nice, tél. 04 97 13 42 01, www.mamac-nice.org, tlj sauf lundi 10h-18h, catalogue co-éd. MAMAC/Silvana Éditoriale, 160 p., 26 €.

Légende Photo :
Julião Sarmento, A Human Form A Deathly Mould, 1999, sculpture en résine et fibre de verre, tissue et corde 146, 5 x 44 x 34 cm, collection de l’artiste. © Photo : Reiner Lautwein

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°418 du 5 septembre 2014, avec le titre suivant : Sarmento interpelle les contours du désir

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