PAROLES D’ARTISTE

Richard Fauguet

« “Énerver”? des choses liées à la culture populaire »

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 7 juillet 2009 - 763 mots

Dans les salles du Plateau, à Paris, Richard Fauguet (né en 1963) invite à une exposition à la fois rigoureuse et foisonnante, où se font de nombreuses découvertes.

Le Plateau n’est pas un musée, mais votre exposition donne à voir des œuvres courant des années 1990 à aujourd’hui, sans qu’il s’agisse pour autant d’une rétrospective. Comment s’est construit ce projet ?
Lorsque Xavier Franceschi, le directeur du Plateau, m’a proposé cette exposition, j’ai été sceptique car je trouvais le lieu assez difficile ; j’avais idée qu’il fallait un peu le théâtraliser, le « scénographier », ce qui me gênait. Je ne voulais pas non plus faire de rétrospective, me trouvant un peu jeune, et parce que ce n’est pas le lieu non plus. Nous nous sommes accordés sur l’idée de monter des « faces B », soit des choses que j’aime beaucoup et qui ont été moins vues que d’autres, tout en évitant mes deux ou trois « tubes ». Une fois qu’ont été éliminées Le Grand Verre (1995), la table de ping-pong [dont la multitude de balles figurent leurs rebonds (S. t., 2000-2004)], les pièces composées à partir de tuyaux de cheminée et celles reprenant en papier adhésif les grandes figures de l’histoire de l’art, je me suis demandé comment jouer cette idée de parcours imposé par le lieu.

Pour être équilibré, ce parcours se devait-il de combiner des travaux anciens et des productions récentes ?
Dans les expositions, j’aime bien procéder comme je le fais dans le travail, en explorant plusieurs pistes de l’ordre du fragment dont certaines seront rassemblées, d’autres, écartées. Cela m’a conduit, ici, à montrer les pochettes de disques en verre, qui ont été peu vues, et Trilogie (1997), série inspirée de la Guerre des étoiles qui avait été exposée chez Art : Concept (Paris) et n’était pas ressortie depuis. Ces petites choses, auxquelles s’ajoute le livre de Céline partiellement recouvert de Typex (Céline, 1995), ponctuent l’exposition. Et progressivement, ont été intégrés de nouveaux travaux, comme un grand mur recouvert d’adhésifs auquel je pensais depuis cinq ou six ans (Intérieurs Queer, 2009), ou la double projection de diapositives du permis de conduire (Interlude, 2009). Tout cela en mettant un peu de générosité dans ce qui est donné à voir – tout en gardant une certaine rigueur afin que cela ne fasse pas trop brocante, car j’ai parfois tendance à me laisser aller !

L’aspect brocante est toutefois intéressant car votre œuvre apparaît souvent comme un mixage de référents historiques et de matériaux tirés de la culture populaire…
De ce registre de la culture populaire, je parlerais de la même façon que des « références » de mon travail. Il y a l’idée d’une vraie familiarité, c’est-à-dire qu’à un moment donné le spectre est suffisamment vaste pour me permettre, comme à nombre d’artistes, d’inscrire dans un champ de l’art à la fois de la culture populaire, des références historiques, du plaisir… Ensuite il y a toujours des choses fascinantes, comme avec ces céramiques « pseudo Vallauris » que j’ai réunies dans plusieurs sculptures (Sans titre (Céramique), 2009). Ce qui m’intéresse, c’est de voir la lie de ces objets. Il arrive un moment où plus personne n’en veut, alors qu’à une époque ils ont fait partie d’une vraie histoire de la culture moyenne et populaire. On est ici dans un déclassement total. Aller un peu « énerver » ce genre de choses m’intéresse, mais sans séparation d’avec ce qui serait de l’ordre de la « grande culture ». Ce qui m’interpelle, c’est ce balayage permanent qui inclut une porosité à l’intérieur de ce que je fabrique.

Cherchez-vous à produire du sens à travers l’hétérogénéité ?
Je n’ai pas l’impression d’avoir un travail particulièrement hétérogène. On pourrait même, dans une exposition comme celle-ci, me reprocher le contraire puisque l’on y trouve à peu près tout ce qui fait le classique de l’art contemporain : des dessins, des grands formats, des objets, un film… Je n’ai jamais placé deux Concorde nez à nez – ce qui signifierait pour moi être hétéroclite, en basculant tout d’un coup vers une monumentalité qui n’est pas la mienne. Je n’ai pas l’impression de survoler un nombre de choses hallucinant. Par contre, j’adore l’idée que le travail prenne une forme fragmentaire. C’est pourquoi l’idée de rétrospective ou de catalogue m’effraie un peu, car je ne suis pas dans cette espèce d’accumulation forcenée.

RICHARD FAUGUET. PAS VU PAS PRIS, jusqu’au 9 août, Le Plateau, angle de la rue des Alouettes et de la rue Carducci, 75019 Paris, tél. 01 53 19 84 10, du mercredi au vendredi 14h-19h, samedi-dimanche 12h-20h, www.fracidf-leplateau.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°307 du 10 juillet 2009, avec le titre suivant : Richard Fauguet

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